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Accros aux antidouleurs

durée 16h08
15 mars 2012
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Par Guillaume Jacob

Une nouvelle drogue fait de plus en plus de ravage en Mauricie, et elle est disponible tant à la pharmacie du coin, sous prescription, que chez certains revendeurs illicites, sans consultation. Ils sont plusieurs à développer des dépendances envers de puissants antidouleurs, comme le DilaudidMC ou l'OxycontinMC, que ce soit après en avoir consommé pour le plaisir ou pour des raisons médicales.

On les appelle « opiacés d'ordonnance » et ce sont de puissants antidouleurs dont les effets s'apparentent à ceux de l'opium et de ses dérivés, comme la morphine et l'héroïne. Gilles, lui, a consommé les deux. « Pour comparer, je dirais que l'héroïne, c'est comme un voyage en Cadillac et que les antidouleurs, c'est comme un voyage en Volks. »

En plus d'avoir touché à plusieurs autres types de drogues, Gilles a consommé des opiacés d'ordonnance après avoir subi une chirurgie au ventre. Aujourd'hui, il est sobre et suit une thérapie à la méthadone au centre de réadaptation Domrémy.

Le docteur Jean-Marc Pépin, en collaboration avec quelques collègues, suit non seulement Gilles mais aussi quelque 150 patients qui sont aux prises avec une dépendance aux opiacés. La quasi-totalité est accrochée aux effets des antidouleurs, l'héroïne ou la morphine n'ayant pratiquement pas d'adeptes en Mauricie, explique le Dr Pépin. « C'est énorme, on en presque autant de cas qu'à Québec. » Depuis cinq ans, le nombre de cas est en nette hausse, ajoute-t-il.

Les antidouleurs en premier

« Tous ceux qui ont une dépendance aux opiacés à Trois-Rivières consomment des antidouleurs d'ordonnance », confirme Dany Lacroix, chef de l'Équipe d'intervention toxicomanie-itinérance affiliée au centre le Havre. Pour le moment, sur les 80 dossiers sur lesquels se penche son équipe, une quinzaine sont liés aux opiacés d'ordonnance.

« Ce que les consommateurs aiment le mieux, c'est le DilaudidMC, parce que l'effet est rapide et fort, rapporte M. Lacroix. Les plus conventionnels vont prendre les pilules par voie orale, mais beaucoup la font fondre selon le même procédé que l'héroïne ou la cocaïne, et se l'injectent. Dans ces cas, ça devient encore plus problématique parce que l'effet est plus fort, la dépendance aussi et ça peut mener à des infections comme l'hépatite et le sida. »

En plus des opiacés d'ordonnance, Dany Lacroix remarque que certains médicaments pour contrer l'anxiété font aussi l'objet d'un trafic dans la région. « Des personnes aux prises avec des troubles de santé mentale qui ne veulent pas prendre leur médication vont la vendre pour faire quelques sous. »

Deux trajectoires

La majorité des personnes accros aux opiacés d'ordonnance consomment pour des motifs « récréatifs » au départ, observe le Dr Pépin. « Il y en beaucoup de gens qui ajoutent cette substance à leur consommation en plus d'autres drogues. »

Toutefois, pour environ un patient sur 10, tout a débuté par une prescription d'un médecin, le plus souvent pour soulager les douleurs vives qui suivent une chirurgie. « Certaines personnes apprécient quelques-uns des effets secondaires de ces antidouleurs : comme un meilleur sommeil et une diminution du stress, remarque le Dr Pépin. » Une fois leur prescription épuisée, si elles ne peuvent convaincre leur médecin de la renouveler, elles se tournent parfois vers le marché noir. « Il y a des consommateurs de tous les âges et de toutes les couches de la société », souligne le médecin attitré à Domrémy.

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