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Contre-pouvoir régional

Conquête des régions: un équilibre délicat pour Québec solidaire

Conquête des régions: un équilibre délicat pour Québec solidaire
Photo: La Presse Canadienne, 2023
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À l’aube de sa tournée des régions, Québec solidaire (QS) propose la création d’un contre-pouvoir régional pour contrebalancer la réforme en santé de Christian Dubé. Et bien que le parti dit vouloir être à l’écoute des électeurs à l’extérieur de Montréal, on affirme du même souffle ne pas vouloir se dénaturer. 

«Notre objectif, c'est de protéger le plus possible les régions des effets de la réforme Dubé», affirme le chef parlementaire de QS, Gabriel Nadeau-Dubois, en entrevue avec La Presse Canadienne avant la tenue du conseil national de son parti qui se tiendra en fin de semaine à Saint-Hyacinthe. 

Pour ce faire, le député solidaire responsable du dossier, Vincent Marissal, veut convaincre le ministre de la Santé de modifier son projet de loi pour qu’il inclue la création de comités de surveillance. Ils auraient pour fonction d’être un contre-pouvoir face aux velléités centralisatrices de Christian Dubé, selon QS. 

Ces comités n'auraient pas de pouvoirs réels; Vincent Marissal les voit plutôt comme des pôles de communications qui seraient connectés avec Santé Québec – la structure que veut créer le ministre de la Santé avec son projet de loi. 

«Si le milieu est mobilisé avec les forces vives dans une institution démocratique comme un comité de surveillance, et qu'ils envoient tous les signaux possibles et imaginables, ça va être assez difficile de les contourner», ajoute-t-il. 

QS sait qu’il doit séduire les régions s’il souhaite élargir sa base électorale aux prochaines élections. Les résultats du dernier scrutin ont été décevants pour Québec solidaire, particulièrement en région. Leur campagne a notamment été plombée par leur proposition de taxer les véhicules polluants. C’est d’ailleurs lors de son conseil national que la formation politique va lancer sa tournée régionale.

Mais alors que le parti de gauche a déjà une solution bien prête à proposer aux régions en matière de santé, le parti assure aussi être en mode écoute. 

«La tournée des régions, ce n'est pas l'occasion pour QS d'aller faire la promotion de ses propositions. L'objectif, c'est d'aller écouter les gens. [...] Les 12 députés vont se présenter avec beaucoup d'humilité pour écouter les gens et essayer de réfléchir avec eux», assure Gabriel Nadeau-Dubois. 

Nationalisme 

Alors que le dernier sondage Léger commandé par le «Journal de Québec» montre que ce sont les deux partis avec des positions nationalistes plus identitaires – la Coalition avenir Québec (37 %) et le Parti québécois (23 %) – qui sont en avance dans les intentions de vote, QS (16 %) fait le pari qu’il peut convaincre les régions avec sa version du nationalisme. 

«On a l'impression, quand on voit 90 députés, que tout le Québec se retrouve dans la CAQ, mais c'est une déformation qui est provoquée par notre mode de scrutin. La majorité des Québécois et des Québécoises n'ont pas voté pour la CAQ aux dernières élections», souligne le chef parlementaire solidaire. Le parti de François Legault a obtenu 41 % des votes lors du dernier scrutin.  

«Pour nous, le nationalisme, c'est aussi la défense du territoire. Et on a en ce moment un territoire qui est convoité par des spéculateurs miniers qui sont en train de faire main basse sur le territoire québécois», ajoute-t-il. 

Rappelons que QS s’oppose à la loi 21 sur la laïcité de l’État. «Il y a beaucoup de Québécois et de Québécoises dans toutes les régions qui sont fiers d'être québécois, mais qui sont contre la loi 21», soutient M. Nadeau-Dubois. 

Également, bien qu’il ait appuyé la loi 96 sur la réforme de la Charte de la langue française, le parti de gauche s’est engagé à la modifier s’il prenait le pouvoir. Cet appui a d’ailleurs provoqué la colère chez une partie de sa base militante. 

Lors de la précédente campagne électorale, QS a aussi proposé de faire passer les seuils d’immigration permanente entre 60 000 et 80 000. 

«Toute l'histoire du Québec, c'est l'histoire d'une nation qui s'enrichit et qui grandit des apports des gens venus d'ailleurs. C'est ça notre nationalisme à QS. Je pense qu'il y a de la place pour cette vision-là au Québec», soutient Gabriel Nadeau-Dubois. 

Le chef parlementaire solidaire assure également que tous les sujets seront abordés durant leur tournée des régions et que tout le monde pourra être entendu. 

Et bien qu’il affirme que QS n’est pas un «objet statique», il ajoute du même souffle qu’il veut préparer son parti pour la prochaine élection «sans se dénaturer et sans abandonner [ses] valeurs profondes». 

«Je suis convaincu d'une chose, après cette tournée, QS va avoir changé», dit Gabriel Nadeau-Dubois.

Le chef parlementaire se réjouit aussi que la tournée des régions survienne au moment où le parti est dans une course pour remplacer Manon Massé à titre de porte-parole, car elle permettra de brasser des idées. Les trois candidates dans la course se sont d’ailleurs prononcées sur la question de l’indépendance. 

Ruba Ghazal veut la placer au cœur de son action politique. Émilise Lessard-Therrien veut miser sur les souverainetés, soit celle des régions, des villes et des nations autochtones. Finalement, Christine Labrie ne souhaite pas en faire une priorité et voit plutôt l'indépendance comme un moyen pour réaliser le projet de son parti.  

Selon Gabriel Nadeau-Dubois, l'indépendance telle que promue par QS peut résonner dans les régions. «Je pense que notre projet d'indépendance est synonyme de plus de pouvoir pour les régions. Il y a consensus là-dessus à QS», assure-t-il.

Thomas Laberge, La Presse Canadienne

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