Jean Beaulieu quitte définitivement Art-go
C'est à contrecœur et avec une pointe d'amertume que Jean Beaulieu met fin à une décennie de confection de vitraux avec les jeunes de la rue. Faute de fonds suffisants, à bout de moyens financiers, l'artiste tourne la page et pourfend au passage le gouvernement conservateur.
« Si je continuais à travailler quasi bénévolement, je donnerais en quelque sorte raison au gouvernement conservateur de couper dans le programme, explique Jean Beaulieu. Je ne peux pas cautionner ça. » C'est ainsi que l'artiste explique sa décision de mettre fin aux ateliers qu'il chapeautait encore à Trois-Rivières et à l'hôpital Sainte-Justine de Montréal.
Depuis dix ans, le fondateur des ateliers Art-go prenait les jeunes de la rue sous son aile pour réaliser des vitraux, beaucoup représentant des personnalités connues. Par ces œuvres, les jeunes s'inscrivaient dans une démarche de réinsertion vers l'emploi « efficace dans 90% des cas », souligne Jean Beaulieu. L'atelier a longtemps reçu des fonds du programme connexion-compétence du gouvernement fédéral, mais depuis que les conservateurs sont au pouvoir, le financement s'est tari peu à peu.
« Quand j'ai commencé ça, je croyais que ça allait prendre deux mois de ma vie par année. Avec le temps, ça a grossi. C'était super gratifiant. » Depuis que le financement a été revu à la baisse dans les dernières années, Jean Beaulieu réussissait à peine à vivre de ces activités. « Je me suis nourri l'ego, maintenant je dois me nourrir le corps », image celui qui, maintenant dans la cinquantaine, se retrouve avec peu d'argent devant lui.
« Si un jour quelqu'un botte le cul à Harper et que le financement est de retour, peut-être que je recommencerai», note Jean Beaulieu, sans cacher sa rage envers le régime conservateur. Selon lui, les fonctionnaires comprennent mal à quel point ces projets demandaient de son temps et de ses énergies. « Ça me fait de la peine, mais un moment donné, j'arrête où ? La cause me tient à cœur, mais il n'y a jamais d'argent pour moi. »
Vers les livres
Jean Beaulieu compte désormais se consacrer à plein temps à la création de livres thématiques de modèles de vitraux. En collaboration avec des distributeurs, il a déjà pu écouler quatre éditions de ces livres, écrits en anglais, de par le monde.
« Je me suis rendu compte que ce qui me faisait triper, c'est le design. Je pourrais faire que ça et je serais heureux. » Ayant renoué avec le dessin, il utilise ensuite un logiciel pour transformer ses esquisses en modèles pour vitraux. De quoi rendre zen le créateur. « Quand tu te concentres là-dessus, tu penses à rien d'autre.»
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