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Lettre ouverte

Le caribou forestier : le cœur et la raison

durée 11h00
30 novembre 2021

La protection du caribou forestier occupe une place importante dans l’actualité depuis plusieurs semaines et elle soulève à juste titre les passions.

À juste titre parce que, depuis une vingtaine d’années, le caribou forestier est un symbole important pour tous ceux et celles qui ont à cœur la protection de l’environnement, de la biodiversité et la préservation des espèces. C’est un peu comme si le caribou forestier incarnait tous les impacts des activités humaines sur la nature. Son déclin nous rappelle notre mode de vie axé sur la surconsommation, le recul de la forêt au profit de l’étalement des villes et des villages, et le développement qui a trop longtemps fait fi des aspects environnementaux.

Chez Groupe Boisaco, une entreprise forestière que des citoyens et citoyennes solidaires de la Haute-Côte-Nord ont bâtie ensemble selon un modèle coopératif et collectif, nous sommes aussi grandement interpellés par la protection du caribou forestier. Notre Groupe est la propriété des travailleurs et travailleuses qui la compose ainsi que de centaines de citoyens-investisseurs locaux.

Depuis des générations, nous avons tous à cœur la gestion durable du territoire, de même que la préservation de la biodiversité dont fait partie le caribou forestier. C’est pourquoi nous souhaitons partager ici certains constats et exprimer humblement et respectueusement notre point de vue en ce qui a trait au déclin des populations de caribous forestiers et quant à l’approche à privilégier pour assurer leur préservation, tout en poursuivant la mise en valeur responsable de la ressource ligneuse.

Qui que nous soyons et quel que soit notre point de vue, nous dépendons tous de la forêt. Grâce à elle, nous pouvons respirer, nous nourrir, bâtir des maisons qui nous abritent, construire des meubles qui sont hôtes et témoins de toutes les facettes de nos vies, fabriquer des outils combien utiles dans notre quotidien, créer des instruments de musique qui nous inspirent et nous émeuvent, en plus de contribuer à enrichir et à façonner notre culture, et plus encore.

La forêt est donc vitale pour tous les êtres vivants, incluant la vaste biodiversité qui l’habite. La protection du caribou forestier est le reflet de l’importance que nous accordons à notre environnement dans sa globalité.

Pour cette raison, nous croyons que les solutions entourant la survie du caribou doivent tenir compte des multiples causes de son déclin ainsi que des divers enjeux et préoccupations soulevés, et doivent être axées sur le principe général de préservation des forêts et de l’environnement.

Une problématique plus complexe qu’il n’y paraît

Des recherches réalisées au cours des dernières années ont mis en lumière le fait que l’aménagement forestier peut avoir des impacts indirects sur le caribou forestier. Selon ces recherches, la récolte entraîne un certain enfeuillement, qui attire à son tour l’orignal et avec lui ses prédateurs, soit le loup et l’ours. Ces prédateurs ont un impact direct sur le déclin des populations de caribous forestiers.

Par ailleurs, des chemins créés par l’humain seraient plus favorables à ces prédateurs, qui les utilisent comme corridors de circulation, qu’ils ne le sont au caribou. Cette dynamique de conséquences ne constitue toutefois pas la seule cause du déclin des populations de caribous forestiers.

Si on considère l’ensemble des connaissances disponibles, il y a place à de multiples questionnements en vue de pouvoir départager les causes réelles de ce déclin.

Un déclin déjà amorcé dans les années 1960

Des informations crédibles nous indiquent que le caribou forestier serait en déclin depuis beaucoup plus longtemps qu’on peut le croire. En 1964, sur la Côte-Nord, l’aménagiste forestier André Lafond, ing.f. PhD, écrivait dans son plan d’aménagement que le caribou était en déclin dans les forêts de la région.

La grande forêt boréale à l’époque n’était que très peu perturbée, fort probablement bien en deçà du seuil de 35 % qui est aujourd’hui édicté par les lignes directrices du gouvernement fédéral. Malgré cela, un déclin de la population de caribous forestiers était déjà observé à l’époque, laissant ainsi place à des interrogations relativement à l’importance relative qu’on accorde aujourd’hui aux impacts des activités d’aménagement forestier.

Des recherches récentes (G. Labadie 2021) nous apprennent par ailleurs que les épidémies successives de TBE (tordeuse des bourgeons de l’épinette), qui sont présentes depuis beaucoup plus longtemps que les activités d’aménagement dans la forêt boréale, favorisent l’effeuillement, l’augmentation des populations d’orignaux et par le fait même l’augmentation des populations de loups et d’ours. Il s’agit là d’une autre importante source de questionnements quant aux éléments qui menacent le caribou.

Davantage de loups

L’évolution de la densité des populations de prédateurs représente également un facteur à considérer. Les populations de loups, un des principaux prédateurs du caribou, ne sont malheureusement pas recensées, mais les trappeurs de la région mentionnent souvent qu’elles ont explosé depuis 25 ans.

Il n’existe également aucun recensement sur la chasse de subsistance ou le braconnage effectués par l’humain. Certains médias ont rapporté au cours de la dernière année que, sur la Côte-Nord, une centaine de caribous auraient été abattus par des humains en 2021. En considérant ce niveau de prélèvement sur la base d’une densité de caribous de 1,5 individu/100 km2, cela équivaut à la disparition de populations de caribous sur un territoire équivalant à 7 000 km2 de forêt, ce qui est non négligeable.

La hausse des températures a elle aussi un impact sur le caribou. Ce dernier est un animal nordique mieux adapté au froid qu’à la chaleur. Des recherches ont démontré que le caribou est en choc thermique à partir de 25oC (source : Ian Thompson SCF-CFL 2017). Or, selon des données tirées d’Ouranos, le réchauffement climatique engendrera en 2040 des températures maximales moyennes de 25o C dans certaines régions de la forêt boréale, ce qui pourrait potentiellement engendrer d’importants bouleversements pour certaines espèces, dont le caribou forestier.

Par ailleurs, certaines recherches (source : Jason Samson, PhD, MFFP) ont démontré une migration des espèces vers le nord de 45 km par 10 ans. Dans le cadre de cette migration vers le nord, le chevreuil amène avec lui des maladies et parasites, comme le ver des méninges (parelaphostrongylus tenuis), souvent fatal pour le caribou (source : Fréchette, 1986). On a récemment documenté une présence accrue de chevreuils à Chibougamau et à Labrieville au nord de Forestville, soit très au nord de leur habitat reconnu, autre preuve de ce phénomène de migration des espèces vers le nord.

Incendies de forêt

Les incendies forestiers sont également des menaces réelles pour nos forêts et, par conséquent, pour la flore et la faune qui l’habitent. Ces derniers font parfois des ravages importants et, dans le contexte du réchauffement climatique actuel, une plus grande superficie risque d’être la proie des flammes chaque année dans le futur. En comparaison à la récolte forestière, ces incendies ont sur l’habitat du caribou un impact très important et à beaucoup plus long terme.

La récolte responsable et l’aménagement forestier durable permettent de protéger les forêts contre les feux et les épidémies en plus de lutter efficacement contre les changements climatiques. En effet, les arbres à maturité qui ont accumulé du carbone toute leur vie sont récoltés puis transformés et intégrés dans des constructions en bois; convertis en planches et madriers, ils emprisonnent le CO2 plus longtemps que les arbres dans la forêt.

Autrement dit, quand on utilise le bois comme matériau de construction, on prolonge sa durée de rétention du CO2 (Source : Aurélie Lagueux-Beloin, Agence Science Presse). Les terrains régénérés et en croissance stockent à leur tour du carbone, jusqu’à la prochaine récolte, et le cycle se perpétue.

Certains affirment que la solution pour protéger le caribou forestier consiste à arrêter tout simplement la récolte et l’aménagement de nos forêts. Pourtant, cela augmenterait leur vulnérabilité aux feux et aux épidémies, empêcherait le stockage du carbone par l’utilisation du bois et limiterait l’accès à nos forêts pourtant publiques. Or, il y a peu de chances qu’une telle solution soit déterminante à moyen et à long terme pour le caribou, considérant tous les autres facteurs et les enjeux en cause.

Qui plus est, elle engendrerait des conséquences socio-économiques dévastatrices pour nos communautés. De multiples informations laissent présager que les causes du déclin du caribou forestier sont complexes et nombreuses. Les solutions pour sa protection le sont aussi. C’est pourquoi les solutions doivent tenir compte de tous les facteurs qui risquent de nuire à la survie du caribou forestier, et doivent passer par la concertation entre toutes les parties prenantes concernées.

D’ailleurs, nous comptons participer à la commission indépendante qui se penchera sur la survie de cette espèce menacée et nous espérons que toutes les parties prenantes auront l’occasion d’être entendues. Parce qu’il s’agit de la seule orientation gagnante à la fois pour le caribou, pour nos communautés et pour la société.

Et parce que, qui que nous soyons et où que nous soyons, nous dépendons tous de la forêt.

Steeve St-Gelais, président, et André Gilbert, ing.f., directeur général, Groupe Boisaco

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