Santé
Poids: le cerveau semble décider de tout, selon des chercheurs du Québec
Le poids corporel se décide essentiellement dans le cerveau et nous n'avons qu'une capacité limitée à l'influencer, semblent démontrer des travaux réalisés à Québec.
Les chercheurs de l’Université Laval et du Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec - Université Laval ont ainsi identifié une soixantaine de protéines exprimées dans le cerveau qui pourraient exercer une influence positive ou négative sur le poids corporel.
«Lorsqu'on regarde là où les gènes qui contiennent des variations génétiques qui sont associées au poids sont exprimés, la plupart du temps on pourrait penser, par exemple, qu'elles sont exprimées dans certains tissus, comme notre tissu adipeux, dans nos réserves de graisse», a dit le responsable de l'étude, le professeur Benoît Arsenault.
«Mais finalement, ce n’est pas du tout le cas. De loin l'organe dans lequel les variants génétiques associés au poids sont exprimés, c'est le cerveau.»
Les chercheurs ont déniché ces protéines en croisant le profil génétique de quelque 800 000 personnes de descendance européenne avec des banques de données d'expression des protéines dans le cerveau. La soixantaine de substances identifiées, a précisé M. Arsenault, est un chiffre «conservateur».
Les chercheurs se sont concentrés plus spécifiquement sur le cortex préfrontal dorsolatéral, une région du cerveau qui influencerait entre autres la sensibilité au sentiment de récompense associé à la prise alimentaire, comme la sensation de plaisir à manger un aliment gras ou sucré, a-t-on précisé par voie de communiqué.
Cette région jouerait également un rôle dans la régulation de l’appétit et de la satiété ainsi que dans certaines fonctions cognitives comme la prise de décision et la mémoire.
«C'est le cerveau qui contrôle notre prise alimentaire, c'est le cerveau qui va contrôler le sentiment de satiété, après la prise d'un repas c'est notre cerveau qui va nous dire quand manger, c'est notre cerveau qui va nous dire quand arrêter de manger, c'est notre cerveau qui va percevoir des signaux dans notre environnement qui sont associés à la prise alimentaire, les odeurs, les souvenirs qu'on a par rapport à certains moments qu'on a pu passer, par exemple dans certains restaurants, etc... C'est notre cerveau qui nous contrôle», a dit M. Arsenault.
Les facteurs génétiques pourraient donc expliquer de 50 % à 75% de la variance de l’indice de masse corporelle, ou IMC, dans la population. Cela pourrait expliquer en partie pourquoi l’IMC varie de façon importante d’une personne à l’autre.
Cette découverte jette un nouvel éclairage sur l'interaction qui existe entre le cerveau, le poids et l'environnement.
On constate ainsi que les individus qui ont une prédisposition génétique à avoir un poids élevé ont un poids plus élevé qu’auparavant alors que les individus qui n’ont pas cette prédisposition étaient minces avant et sont encore minces aujourd’hui, a expliqué le professeur Arsenault.
Les experts disposent aujourd'hui des données nécessaires pour scruter l'évolution de la situation. Ils constatent ainsi que, dans les années 1960 et 1970, l'indice de masse corporelle des gens qui avaient une prédisposition génétique à avoir un surplus de poids n'était pas si élevé.
«Mais aujourd'hui, a précisé M. Arsenault, (leur IMC) est beaucoup plus élevé qu'auparavant, donc on parle vraiment d'une interaction entre nos gènes et notre environnement.»
Et il n'est pas seulement question de l'environnement alimentaire, rappelle-t-il: le stress, le manque de sommeil, l'accumulation du temps d'écran et la sédentarité sont autant de facteurs qui auront un impact sur le poids corporel.
Cela déboulonne aussi un peu plus le mythe selon lequel les personnes en surpoids le sont parce qu'elles sont paresseuses ou qu'elles manquent de volonté, a-t-il dit, puisque des «mécanismes neuronaux inconscients» sont en jeu.
«Je pense que l'étude démontre qu'on a beaucoup moins de contrôle qu'on pense sur notre poids corporel, a souligné M. Arsenault. Donc effectivement, pour les personnes qui vont faire des tentatives de perte de poids, pour l'immense majorité (...) ça peut fonctionner sur quelques semaines, quelques mois même. Mais à long terme, dans la plupart du temps, ça ne fonctionne pas.»
Les protéines identifiées par M. Arsenault et son équipe pourraient un jour être modulées pour influencer le poids du patient, soit en réduisant l'effet de celles qui favorisent la prise de poids ou en augmentant l'effet de celles qui ont l'effet inverse. Certains médicaments déjà utilisés pour la perte de poids agissent sur le cerveau, mais on ne sait pas s'ils leur effet passe par ces protéines.
Les conclusions de cette étude ont été publiées par la revue scientifique iScience.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne
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