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La santé publique tient à rassurer

durée 16h27
11 septembre 2012
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Par Guillaume Jacob
TROIS-RIVIÈRES - 

Les Mauriciens et les Centricois qui vivent près de la centrale nucléaire Gentilly-2 ne doivent pas s’inquiéter pour leur santé. La direction de la santé publique de l’Agence de santé et services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec tient à rassurer la population dans la foulée de la sortie du documentaire Gentilly or not to be.

Au lendemain de l'avant-première du film à Trois-Rivières, le Dr Gilles W. Grenier, directeur de la santé publique, a voulu rectifier lors d’une conférence de presse certaines affirmations du documentaire « qui pourraient inquiéter indûment la population ».

Gentilly or not to be s’interroge sur les risques des centrales nucléaires pour la santé, avec comme point mire la centrale Gentilly-2. Le documentaire fait part d’une étude épidémiologique allemande qui établit une relation géographique entre la prévalence de la leucémie et la présence de centrales nucléaires, étude qui a poussé le pays à abandonner l’énergie atomique.

À ce titre, le Dr Grenier tient à préciser la portée des conclusions de cette enquête. « L’étude menée en Allemagne montre une association géographique entre certaines centrales nucléaires et le taux de leucémie aux alentours. Mais elle ne montre aucun lien causal entre les centrales nucléaires étudiées et ces cas de leucémie. »

Après révision de l’étude allemande, des organismes publics de radioprotection en France et au Royaume-Uni sont venus à la conclusion qu’il n’y a pas de preuves scientifiques démontrant un lien de cause à effet entre le fait de vivre près d’une centrale et l’augmentation des cas de leucémie infantile, indique aussi le directeur de la santé publique.

Celui-ci rappelle que d’un point de vue statistique, des concentrations de cas leucémie sont déjà apparues à des endroits et à des moments fortuits, indépendamment d’une source de risque potentiel. « En d’autres mots, des regroupements de cas de leucémie, on peut en trouver ici et là. Il n’y a pas lieu de généraliser ni d’extrapoler à notre réalité régionale. »

Gentilly or not to be rapporte aussi les propos d’un expert de haut calibre, le Dr Ian Fairlie, qui a déjà été à la tête d’un comité indépendant mandaté par le gouvernement britannique pour étudier les risques liés aux radiations nucléaires. Celui-ci affirme que les femmes enceintes où en âge de procréer devraient déménager de Bécancour.

Dans ce contexte, les citoyens sont-ils otages d’un débat d’experts ? « Moi, je m’avance sur les données et les études qui sont reconnues au niveau international, soutient Gilles W Grenier. Ce sont des consensus. Je ne peux pas expliquer pourquoi M. Fairlie tient ces propos. »

En outre, le directeur a relevé quelques inexactitudes dans le documentaire. « Selon nos données, on ne peut pas prétendre que le nombre de cas de cancer chez les jeunes de moins de 20 ans qui vivent près de la centrale dépasse de 27 % la moyenne québécoise. »

Le documentaire compare la norme canadienne du niveau de tritium dans l'eau (7000 becquerels par litre) et la norme californienne (15 becquerels par litre). À ce sujet, le directeur s’est fait rassurant. Les voisins de Gentilly-2 utilisent une eau qui contient moins de six becquerels par litre, soit la limite de détection.

En ce qui concerne l’exposition aux radiations, « la dose maximale calculée pour la personne qui aurait été la plus exposée aux rejets de la centrale correspond à un pour cent de l’exposition annuelle aux différentes sources de radiations naturelles dans l’environnement », précise le Dr Grenier.

Manque de données indépendantes

Le directeur de la santé publique rejette donc les risques de Gentilly-2 pour la santé à la lumière des données dont il dispose. Celles-ci proviennent essentiellement des rapports de surveillance environnementale déposés chaque année par Hydro-Québec. La société d’État doit suivre un programme de surveillance établi par la Commission canadienne de sécurité nucléaire.

« En tant que directeur de la santé publique, je souhaiterais qu’il y ait des organismes indépendants qui produisent des données, convient toutefois le Dr Grenier. Sans douter des méthodes d’Hydro-Québec, c’est toujours plus réconfortant d’avoir un point de vue indépendant. »

« On a plusieurs fois exprimé le vœu d’avoir des études indépendantes, par le biais de mémoires remis lors d’audiences publiques sur la gestion des déchets nucléaires ou sur les activités de la centrale. On renouvelle à chaque fois ce vœu-là. Malheureusement, peut-être par manque de ressources, on n’a pas de suite à ces demandes. »

Pendant quelques années, un groupe de chimie analytique de l’Université Laval a contre-vérifié les données de la société d’État. « Je n’ai pas ces rapports pour les dernières années. Je ne sais pas si ce groupe est toujours actif », indique M. Grenier.

Dans toutes les industries, il est coutume que ce soit l’exploitant qui produise ses propres analyses, fait-il remarquer.

 

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