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Comment vivre avec des voix qui nous assaillent ?

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7 mars 2012
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Par Guillaume Jacob

Vivre avec des voix qui vous accompagnent jour et nuit, et sur lesquelles vous n'avez aucun contrôle. Souvent considérée comme le symptôme ultime de la folie, cette réalité est celle de nombreuses personnes qui vivent avec différents types de maladies mentales. Pour chasser les relents d'épouvante populaire, briser les tabous et aller au-delà du simple traitement médical et médicamenté, des groupes d'« entendeurs de voix » se multiplient au Québec. L'Écho est allé à la rencontre de celui de Trois-Rivières.

« Je vais te tuer. Si tu continues à parler, je vais te tuer. Tout le monde se fout de ta gueule. Regarde à droite, ils sont en train de parler de toi. J't'ai dit de regarder à droite !» Ces paroles retentissent sans cesse dans la tête de Gaétan Legault lorsqu'il discute avec autrui.

Derrière son air posé, son sourire affable et un regard teinté d'une grande intelligence, cet ex-enseignant mène une lutte de tous les instants. À l'instar d'une grande proportion de schizophrènes, il doit vivre avec les voix; ces paroles dans sa tête qui l'assaillent sans répit, le déconcentrent et le dénigrent.

Mais depuis deux ans, il vit de mieux en mieux avec ces symptômes. C'est qu'il a découvert les ateliers du Pavois. Cet organisme communautaire de Québec a introduit, en collaboration avec l'Université Laval, une approche simple, mais novatrice. Il s'agit de rassembler les « entendeurs de voix », afin qu'ils puissent échanger sur ce sujet tabou et se donner des trucs pour mieux vivre avec les voix, mais avant tout de reprendre du pouvoir sur leurs voix et leur vie.

Gaétan Legault a créé un groupe de la sorte à Trois-Rivières, baptisé Entendons-nous. Tous les vendredis soir, jusqu'à une dizaine de personnes se rassemblent pour sortir de la solitude, mais surtout pour parler des voix qu'elles entendent. Chose que souvent, elles n'ont jamais pu faire, que ce soit avec leur psychiatre où avec leurs proches.

« L'attitude actuelle du corps médical, c'est de ne pas parler des voix, de les considérer comme de pures hallucinations ou strictement comme un délire psychotique », témoigne l'animateur des rencontres. Résultat : les gens qui entendent des voix s'isolent et leur condition parfois se détériore.

« Chaque personne se représente ses voix d'une manière différente, explique M. Legault. Ça peut être une voix de femme, d'homme ou d'enfant. Certains croient que des extra-terrestres leur parlent, d'autres que les services secrets se sont infiltrés dans leur tête, alors que pour d'autres ce ne sont que des sons ou des esprits, entre autres. »

Et si ces exemples peuvent paraître loufoques, il n'en demeure pas moins que les voix, hostiles ou non, rendent difficile le quotidien de ceux qui les entendent. « Pour plusieurs, les voix essaient de leur faire adopter un comportement qui ne correspond pas à leurs valeurs et à leur personnalité », témoigne l'ex-enseignant.

La première étape des rencontres d'Entendons-nous est donc d'identifier la nature des voix que la personne entend. « Quand la personne se débat avec ses voix, elle s'empêtre, explique Gaétan Legault. Donc l'objectif des rencontres est de lui faire accepter les voix qu'elle entend comme faisant partie de sa réalité. À partir de là, on lui donne des trucs pour se dégager de leur emprise. »

À force d'échanges, plusieurs participants réussissent, sinon à faire taire leurs voix, du moins à diminuer l'interférence qu'elles peuvent avoir dans leur vie. « Il y a des gens qui cessent d'entendre, rapporte l'animateur. Mais la plupart apprennent à mieux vivre avec. Moi, je les traite comme des personnes qui me content des blagues, par exemple. »

D'autres donnent rendez-vous à leur voix en soirée, ce qui leur permet de mieux fonctionner durant la journée. Dans tous les cas, les ateliers aident les participants à dédramatiser leur situation. Comme l'explique René, un participant, « je ne suis pas ici pour enrayer les voix, mais pour apprendre à vivre avec. »

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