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Si la rue vous intéresse

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2 novembre 2011
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Par Guillaume Jacob

Ils sont 12 à Sherbrooke, 3 à Drummondville et autant à Shawinigan. Mais à Trois-Rivières, il n'y a qu'un seul travailleur de rue, malgré des besoins sans cesse croissants.

Voilà quatre mois que l'organisme Point de rue affiche deux offres d'emploi de travailleurs de rue. Alors que les besoins sont criants, on peine à dénicher les perles rares. « J'aurais 11 travailleurs de rue que j'arriverais à peine à répondre à la demande », souligne le directeur général de l'organisme Point de rue, Philippe Malchelosse. Or, il y en a qu'un seul pour le moment.

« J'ai des écoles qui m'approchent, qui aimeraient qu'on envoie quelqu'un rencontrer les jeunes. Mais pour le moment, je n'ai pas les moyens de faire de prévention, souligne M. Malchelosse. Mon unique travailleur de rue en a plein les bras avec ceux qui s'injectent tous les jours, qui ont des problèmes de santé mentale, de santé physique, qui sont sans-abri et sans revenu, qui ne se rappellent plus de leur nom et qui n'ont pas accès à un psychiatre », enchaîne-t-il.

Point de rue ne manque pas de financement, tient à souligner son directeur général, mais l'organisme peine à pourvoir les postes ouverts depuis des mois.

Le hic, c'est que ce n'est pas tout le monde qui veut - ou qui peut - aspirer au difficile poste de travailleur de rue. En plus des horaires atypiques et des salaires modestes, les travailleurs de rue sont les témoins quotidiens de la pauvreté, des problèmes de consommation ou de santé mentale. Leur mission : venir en aide aux personnes les plus vulnérables, celles qui se butent aux portes closes ou qui tombent dans les failles du système de santé et de services sociaux.

« Une des raisons pour lesquelles ça peut être difficile de recruter, c'est que c'est davantage un engagement qu'un emploi, souligne Jean-Félix Raymond Saint-Germain, l'unique travailleur de rue de Trois-Rivières. Il y a des sacrifices à faire au niveau du salaire et de l'horaire. Et tu dois être prêt à faire un énorme travail sur toi, car tu es confronté tous les jours à tes propres démons.»

Le travailleur de rue est un « urgentologue de l'âme », image Philippe Malchelosse. Le directeur général admet aussi refuser des candidatures. « Beaucoup de gens viennent ici dans l'espoir d'acquérir de l'expérience pour ensuite décrocher un emploi dans le "réseau" (les CSSS ou les agences de santé et services sociaux), où les conditions sont plus avantageuses. » Or, ces candidats n'ont souvent pas le profil de l'emploi.

D'autant plus que l'organisme cherche à recruter des candidats qui seront prêts à s'investir à long terme, car les relations d'aide sont basées sur une confiance qui se tisse au fil du temps.

Un métier qui ne s'apprend pas sur les bancs d'école

À proprement parler, il n'existe aucune formation en travail de rue, hormis un nouveau micro programme lancé par l'Université du Québec à Trois-Rivières en avril dernier. Les travailleurs de rue peuvent être issus de formations très variées : psychoéducation, travail social, anthropologie, etc.

« Cet emploi-là, il s'inscrit dans un mode de vie, dans une façon d'être beaucoup plus que dans une façon de faire, explique Philippe Malchelosse. Souvent, quand je reçois une personne qui a eu une formation formelle, la première étape est de la déformer pour mieux la reformer.

Pour sa part, Jean-Félix Raymond Saint-Germain a fait un an de technique policière et une formation de pompier non complétée. « J'étais agent de sécurité une semaine avant de commencer à travailler chez Point de rue! C'est donc dire que c'est plus une question de valeurs que de connaissances. »

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