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Selon le directeur scientifique de l'Institut de l'énergie Trottier

La partisanerie nuit à l’atteinte des cibles climatiques

durée 09h00
3 décembre 2024
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Par La Presse Canadienne

Les efforts de décarbonation du gouvernement fédéral sont minés par les menaces de poursuites des provinces productrices de pétrole et par la partisanerie, selon le directeur scientifique de l'Institut de l'énergie Trottier, qui était questionné par des députés lundi à Ottawa.

Normand Mousseau avait été invité lundi matin à se prononcer sur la stratégie de réduction des gaz à effet de serre du gouvernement, par le Comité permanent de l'environnement et du développement durable (ENVI).

L'un des membres du comité, le conservateur Gérard Deltell, a demandé au professeur Mousseau pour quelle raison le Canada, qui a une tarification carbone, performait moins bien que certains États qui n’imposent pas de prix sur la pollution, en faisant référence au plus récent classement du Climate Change Performance Index (CCPI).

Deux raisons expliquent le peu de progrès réalisés par le Canada en matière de décarbonation, a répondu le professeur Mousseau.

«Il y a un problème de cohérence au niveau fédéral parce que c’est très difficile de faire avancer des projets avec des partis qui ont des positions extrêmement différentes sur l’objectif même de décarboner» et aussi, au niveau des provinces, en matière de décarbonation, «on ne voit pas beaucoup d’efforts», a répondu le professeur Mousseau au député Deltell.

«Les provinces et le Parti conservateur»

Vendredi dernier, dans une entrevue avec La Presse Canadienne, le spécialiste de l’énergie avait offert la même réponse pour expliquer les difficultés du Canada à mettre en place des mesures de décarbonation efficaces, mais il avait fourni plus de détails.

«Le fédéral prend un temps fou à adopter des réglementations parce qu’il sait qu'il va se faire poursuivre par des provinces, donc il doit passer beaucoup plus de temps que nécessaire pour peaufiner ces réglementations, pour éviter des attaques des provinces. Mais si les provinces et le fédéral travaillaient ensemble pour décarboner, il n’aurait pas besoin d'avoir toujours peur, d'avoir cette flèche pointée dans le dos et on pourrait avancer», avait-il indiqué en faisant référence aux multiples poursuites et menaces de poursuites des provinces productrices de pétrole contre Ottawa.

«Les provinces et le Parti conservateur (du Canada)», avait précisé le professeur Mousseau en entrevue, forcent le gouvernement fédéral à travailler beaucoup plus fort pour développer des règlements qui pourraient être à l'épreuve des contestations judiciaires ou qui pourraient survivre à un changement de gouvernement.

C’est ce qui explique, en partie, la lenteur de la mise en place de réglementations qui permettraient d’atteindre nos cibles climatiques, selon Normand Mousseau.

«En Angleterre, tous les partis sont alignés vers les mêmes objectifs. Alors, le gouvernement n’a pas besoin de se demander comment concevoir une réglementation pour qu’elle soit le plus difficilement possible à défaire», avait ajouté celui qui est à la tête de l’Institut de l’énergie Trottier (IET).

Réduire en partie la production de gaz et pétrole

Affilié à Polytechnique Montréal, l’IET publie régulièrement des rapports sur les transformations nécessaires à l’atteinte des objectifs de carboneutralité au Canada.

Devant le Comité permanent de l'environnement et du développement durable, lundi, le professeur Mousseau a expliqué que les modélisations de l’IET sont «en accord» avec le dernier rapport du commissaire à l'environnement et au développement durable, qui indique «que, si des progrès réels ont été réalisés dans les dernières années, ceux-ci ne permettent pas d'atteindre les cibles légiférées pour 2030, ni pour 2050».

La députée bloquiste Monique Pauzé a demandé au professeur Mousseau comment un État-pétrolier comme le Canada pourrait atteindre la carboneutralité d’ici 2050.

«Il faut d'abord décarboner notre société au maximum, c'est-à-dire électrifier en grande partie notre demande énergétique avec de l'électricité propre», a-t-il répondu.

Mais «étant donné que l'énergie est de juridiction provinciale, il sera impossible pour le Canada d'aller beaucoup plus loin, à moins que les provinces embarquent».

Ensuite, a-t-il ajouté, il faut réduire les émissions des secteurs gaziers et pétroliers.

«Dans nos analyses, on voit que c'est difficile de faire ça de manière rentable. Il va falloir réduire en partie la production de gaz et pétrole et aussi faire du captage et de la séquestration de CO2 à grande échelle», a-t-il résumé, sans qu’il ne puisse terminer son explication, en raison des contraintes liées au temps dédié aux invités du comité.

Ottawa a promis de réduire les émissions de gaz à effet de serre du pays de 40 à 45 % par rapport aux niveaux de 2005 d'ici 2030, mais, jusqu'à présent, elles n'ont diminué que de 7 %.

Le temps presse pour le Canada s'il veut respecter ses objectifs climatiques, selon le commissaire à l'environnement et au développement durable, Jerry DeMarco, qui, lors de la publication de son plus récent rapport, a indiqué que le Canada est le membre du G7 le moins performant en matière de réduction des GES.

Stéphane Blais, La Presse Canadienne

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