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Rencontre cette semaine aux États-Unis

Sommet des Amériques: la migration sera au cœur des discussions

durée 09h58
6 juin 2022
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Temps de lecture   :  

6 minutes

Par La Presse Canadienne

Si la politique étrangère était purement une question de géographie, on pourrait supposer que le Canada serait libre d’aller jeter un coup d’œil au buffet du Sommet des Amériques de cette semaine une fois que la discussion se tournera, comme ce sera sûrement le cas, vers la marée migratoire inondant la frontière américano−mexicaine.

Mais à l’aube d’une nouvelle ère géopolitique turbulente, les preuves indiquent que la frontière sud de l’Amérique ― ainsi que les défis et occasions politiques et économiques qu’elle représente ― est plus proche à bien des égards que la plupart des Canadiens ne le pensent.

Et si le président américain Joe Biden espère réaliser sa vision d’une solution globale et holistique aux maux économiques et sociaux qui mettent en péril l’hémisphère occidental, il aura besoin que le Canada fasse partie intégrante de cette conversation, selon des experts.

«Le Canada a une contribution énorme à apporter, car le Canada est le pays des Amériques qui s’est le plus rapproché de la réussite en matière d’immigration», a déclaré Andrew Selee, président du Migration Policy Institute, un groupe de réflexion non partisan basé à Washington.

«Il y a beaucoup de choses que le reste des Amériques, y compris les États−Unis, pourraient apprendre du Canada.»

L’idée derrière le sommet de Los Angeles, auquel le premier ministre Justin Trudeau participera à partir de mercredi, est de trouver un moyen de s’attaquer en premier lieu à certaines des causes politiques, économiques et sociales sous−jacentes de la migration vers le nord.

En chemin, M. Trudeau s’arrêtera mardi à Colorado Springs, Colorado, où lui et la ministre de la Défense Anita Anand rencontreront des commandants et des responsables militaires de Norad, le système de défense continentale de commandement conjoint qui attend une mise à niveau nécessaire depuis longtemps.

Il sera accompagné en Californie du ministre de l’Environnement Steven Guilbeault et de la ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly, qui doivent rencontrer le secrétaire d’État américain Antony Blinken et son homologue mexicain Marcelo Ebrard.

En tant que pierre angulaire de la croissance économique du Canada, la politique fédérale en matière d’immigration établit un équilibre délicat entre les priorités économiques, humanitaires et celles liées à la politique du travail, tout en préservant l’adhésion du public pour tenir à distance les dangers politiques toujours présents, a expliqué M. Selee.

Ces dangers, utilisés avec grand effet par Donald Trump, pèsent maintenant plus que jamais en Amérique du Nord, où la rhétorique isolationniste de l’ancien président s’est avérée si puissante qu’elle est devenue la doctrine républicaine standard.

Et tandis que les défis migratoires à la frontière sud du Canada sont minimes par rapport à ceux auxquels sont confrontés les États−Unis le long de la vallée du Rio Grande, ils sont là ― et ils sont liés.

Malgré les plus de 2300 kilomètres séparant le Canada de la frontière nord du Mexique, des douaniers américains aussi loin au nord que le Maine ont rencontré ces derniers mois des dizaines de personnes entrées aux États−Unis par le sud.

Il est probable que plusieurs se dirigeaient vers des endroits comme le chemin Roxham, une destination populaire pour ceux qui cherchent à faire une demande d’asile au Canada sans être renvoyés aux États−Unis, ce qui se produit automatiquement lorsqu’ils se présentent à un point d’entrée officiel.

«Il ne serait pas surprenant qu’il y ait des gens venant ou passant par l’Amérique latine qui veuillent vraiment se rendre au Canada à la fin», a indiqué M. Selee.

«Le Canada compte juste assez de gens qui viennent d’ailleurs dans les Amériques pour devenir une destination beaucoup plus attrayante avec le temps, surtout si les États−Unis sont un environnement moins accueillant.»

Cela fait 28 ans que les États−Unis ont accueilli le premier Sommet des Amériques en 1994, «et nous vivons évidemment à une époque différente», a déclaré Juan Gonzalez, directeur principal du Conseil de sécurité nationale pour l’hémisphère occidental.

Pour commencer, la Russie a envahi l’Ukraine, l’impact durable d’une pandémie en cours depuis deux ans continue de se faire sentir, l’inflation teste de nouveaux records et de nombreuses personnes de ce côté de la planète «commencent vraiment à remettre en question la valeur de la démocratie», a noté M. Gonzalez.

M. Biden proposera ce que M. Gonzalez a appelé une stratégie de responsabilité partagée et de soutien économique pour les pays les plus touchés par le flux migratoire. Il comprendra également une déclaration multilatérale «d’unité et de détermination» pour maîtriser la crise.

Les dirigeants des «pays d’origine, de transit ou de destination» rechercheront un consensus sur la manière de s’attaquer à un problème «qui affecte en fait tous les pays des Amériques», a−t−il déclaré.

«Nous devons travailler ensemble pour y faire face d’une manière qui traite les migrants avec dignité, investisse dans la création d’opportunités qui dissuaderaient les migrants de quitter leur pays en premier lieu et fournirait les protections que les migrants méritent.»

Une myriade de facteurs incitent les gens du monde entier à abandonner un pays au profit d’un autre, souvent aussi clandestinement que possible. Ces motivations ont été atténuées pendant la pandémie de COVID−19, mais plus maintenant.

La police a intercepté près de 10 000 personnes entrant au Canada entre les points d’entrée officiels au cours des quatre premiers mois de l’année, contre seulement 3944 au cours de la même période de 2019. 

À la fin du mois dernier, deux ressortissants honduriens ont comparu devant un tribunal du Montana pour faire face à des accusations de trafic d’êtres humains après avoir prétendument conduit un groupe de migrants dans le pays en traversant la frontière canado−américaine.

Deux citoyens américains font également face à des accusations similaires dans deux affaires distinctes ― une le mois dernier qui a vu un groupe de ressortissants indiens secourus alors qu’ils tentaient de traverser une rivière qui sépare l’Ontario de l’État de New York, et une au Minnesota liée à la mort en janvier d’une famille de quatre personnes de l’Inde après avoir été exposée à des conditions glaciales au Manitoba.

Des agents du Maine ont également intercepté récemment des fourgons entiers de migrants illégaux, dont cinq ressortissants roumains entrés du Canada. Deux autres incidents distincts ont impliqué un total de 22 personnes, 14 du Mexique et sept de l’Équateur, qui sont entrées aux États−Unis par la frontière sud.

«Il existe un certain nombre de facteurs incitatifs (...) qui incitent les gens à quitter leur pays ou à venir dans un autre pays pour une raison ou une autre», a déclaré William Maddocks, agent en chef de la patrouille frontalière américaine pour le secteur de Houlton, qui englobe le Maine.

Les passeurs sont toujours désireux d’exploiter ce désir, a−t−il ajouté. «Là où ces gens voient une occasion de faire un profit, cela devient leur affaire. Chaque fois que nous modifions les lois, il y aura des gens qui chercheront à exploiter ces changements.»

Les autres priorités du sommet consisteront à aider les pays à maîtriser la propagation de la COVID−19, à forger de nouveaux liens sur les initiatives climatiques et énergétiques, à lutter contre l’insécurité alimentaire et à tirer parti des accords commerciaux existants pour mieux garantir que davantage de personnes puissent en récolter les bénéfices.

La défense des valeurs démocratiques fondamentales sera également un objectif majeur à Los Angeles, ce qui explique en partie pourquoi les États−Unis n’ont pas invité les dirigeants de Cuba, du Nicaragua et du Venezuela à y assister― trois pays autoritaires aux antécédents douteux en matière de droits de la personne.

D’autres, dont les présidents mexicain Andrés Manuel López Obrador et bolivien Luis Arce, ont juré de ne pas y assister à moins que tous les chefs de gouvernement de l’hémisphère ne soient invités. Les États−Unis n’ont pas encore publié de liste définitive des participants.

James McCarten, La Presse Canadienne

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