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Le poker de l’aluminium est commencé

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Alcoa vient de jouer sa première carte dans le grand match de poker opposant les alumineries à Hydro-Québec. La multinationale a expédié un préavis officiel pour mettre fin à son gigantesque contrat d’alimentation en électricité nécessaire pour exploiter ses trois usines du Québec comptant 3300 travailleurs. Est-ce un bluff pour éviter une augmentation des tarifs d’électricité, ou une stratégie d’affaires bien arrêtée?

Avec ce préavis officiel de 12 mois, Alcoa se donne 13 mois pour négocier avec Hydro-Québec ou, le cas échéant, pour mettre en place les procédures de fermeture de ses usines de Bécancour, Deschambault et Baie-Comeau. Les fermetures seraient ainsi terminées en janvier 2015.

Alcoa a fait parvenir un communiqué à ses syndicats, hier après-midi, a appris notre Bureau d’enquête. Le préavis de 12 mois a été transmis lundi à la société d’État.

Alcoa a comme principal atout dans son jeu d’être le plus gros client d’Hydro-Québec. Sa facture d’électricité s’élève à 350 M$ par année.

En hydro-électricité, Alcoa achète l’équivalent d’une fois et demie ce que produit un barrage comme Manic 5.

De plus, ses 3 300 employés sont parmi les mieux rémunérés au Québec. Un travailleur de l’aluminium peut facilement gagner plus de 100 000 $ par année, ce qui génère des retombées importantes dans sa région.

Alcoa est une multinationale américaine, basée à Pittsburgh, qui compte des alumineries à travers le monde.

Selon les témoignages entendus au cours des dernières semaines, lors des audiences de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, la compagnie ne demande pas une baisse de tarifs, mais une prolongation du concept de « partage de risque » lié à la fluctuation des prix de l’aluminium sur le marché mondial.

Les cartes d’Hydro-Québec

Dans son jeu, Hydro-Québec veut augmenter la facture de toutes les alumineries, qui bénéficiaient à ce jour de tarifs préférentiels à quelque 3 cents le kilowattheure.

La société d’État veut les faire passer à son «tarif L», soit quelque 4,4 cents le kWh, selon les hausses demandées auprès de la Régie de l’énergie. Alcoa paierait ainsi 220 M$ de plus pour sa facture d’hydro-électricité, une hausse de 60%. Or, au cours des 12 derniers mois, Alcoa a réalisé un bénéfice de 280 M$ avec ses 21 alumineries dans huit pays à travers le monde.

Grâce à des contrats d’approvisionnement à partage de risque dans les années 90, les alumineries ont investi au Québec des milliards de dollars au cours pour construire de nouvelles usines ou pour agrandir ou moderniser les existantes.

Par contre, la société d’État est actuellement affaiblie parce qu’elle est aux prises avec d’importants surplus énergétiques. La facture de l’électricité non vendue est ultimement refilée aux consommateurs québécois.

Un match international

Ce match de poker qui s’amorce ne se joue pas seulement sur la table provinciale.

Le Québec a de plus en plus de compétition internationale pour attirer les alumineries. Certains pays riches en gaz naturel ou en pétrole offrent présentement des conditions très alléchantes pour mousser leur industrie de l’aluminium.

Au Moyen-Orient, certaines alumineraient paient aussi peu qu’entre 2 et 3 cents le kilowattheure pour leur électricité produite par des centrales thermiques.

L’autonomie énergétique des États-Unis force certains pays producteurs de gaz et de pétrole à revoir de nouvelles façons d’exporter leur richesse par le biais de produits tels que l’aluminium.

 

√ Si les trois alumineries devaient fermer, le Québec passerait du 4e rang des producteurs mondiaux d’aluminium, avec ses 9 alumineries, au 6e rang.

√ Si Alcoa devait cesser ces opérations au Québec le 1er janvier 2015, les surplus annuels de plus de 10 TWh d’Hydro-Québec Distribution, dont on a tant parlé depuis quelques mois, doubleraient d’un seul coup,

 

 

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