Une ex-conseillère en matière de carboneutralité fustige Carney sur le climat
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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — La cofondatrice de l'organisme indépendant de conseil en matière de carboneutralité d'Ottawa se dit «déçue» par l'engagement pris jusqu'à présent par le premier ministre Mark Carney en faveur de la lutte contre le changement climatique.
Catherine Abreu s'est exprimée mardi devant un comité parlementaire sur l'environnement, aux côtés de son collègue et cofondateur Simon Donner.
Ils ont tous deux démissionné du Groupe consultatif pour la carboneutralité en décembre après avoir accusé le gouvernement Carney de ne pas solliciter l'avis du groupe sur des décisions politiques clés, notamment l'accord énergétique avec l'Alberta et le projet de loi sur les grands projets.
Mme Abreu a indiqué à la commission que de nombreux acteurs du secteur climatique avaient des «attentes bien plus élevées» envers M. Carney et le considéraient comme la personne idéale pour tirer parti des opportunités de croissance verte du Canada.
«Au vu de son engagement en faveur du climat dans d’autres domaines, et après avoir lu son livre, je pense que nous sommes nombreux à ressentir cette déception», a mentionné Mme Abreu au comité.
«Même si je mets de côté mes préoccupations concernant le changement climatique, je crains que nous n’ayons pas de débat sur les domaines dans lesquels nous voulons donner la priorité aux opportunités futures dans ce pays», a-t-elle avancé.
Depuis des mois, M. Carney est accusé de faire marche arrière sur les initiatives climatiques du Canada après avoir abrogé le prix du carbone pour les consommateurs, assoupli le prix du carbone pour l’industrie et étendu les subventions aux combustibles fossiles.
Ces changements ont été salués par l’industrie comme des mesures nécessaires pour rendre le Canada plus compétitif face aux investissements mondiaux, et celle-ci estime qu’il faut aller plus loin dans la déréglementation.
Mais ces mesures ont coûté à M. Carney un ministre et membre du caucus après que Steven Guilbeault a démissionné du cabinet l’année dernière à la suite de l’accord énergétique avec l’Alberta, et a annoncé le mois dernier son intention de démissionner de son poste de député en raison de l’orientation du gouvernement en matière de climat.
Le Canada en retard
Lors de la réunion du comité de mardi, Mme Abreu a déclaré que le Canada ne tirait pas parti de ses opportunités uniques de développer des énergies propres et prenait du retard par rapport à un monde qui s'éloigne des combustibles fossiles.
«Nous disposons d’une incroyable abondance d’énergies propres dans ce pays dont nous ne tirons pas parti», a souligné Mme Abreu.
«Au lieu de cela, nous sommes obsédés par ce seul secteur — qui, certes, est important et pour lequel nous devons planifier une sortie progressive et contrôlée sur plusieurs années, dans le respect des travailleurs et des communautés — mais investissons dans les ressources dont nous disposons dans ce pays. Et ce sont des ressources énergétiques propres», a-t-elle ajouté.
Mme Abreu et M. Donner ont été invités à comparaître devant le comité pour expliquer les raisons de leur démission de l’organe consultatif sur la carboneutralité.
Celui-ci a été créé en 2021 dans le cadre de la Loi canadienne sur la responsabilité en matière de carboneutralité et oblige le ministre de l’Environnement à tenir compte des avis de l’organe consultatif lors de la fixation des objectifs d’émissions ou de la modification du plan de réduction des émissions du Canada.
M. Donner a réitéré devant le comité une grande partie de ce que La Presse Canadienne avait déjà rapporté sur les raisons de leur démission, notamment le fait qu’il estimait que le rôle de l’organe consultatif avait commencé à prendre un caractère «purement symbolique» sous le gouvernement Carney.
M. Donner a déclaré aux députés que, malgré la mise en œuvre de nouvelles politiques ayant une incidence sur les objectifs climatiques du Canada, ces changements ne sont pas pilotés par Environnement et Changement climatique Canada.
Il a expliqué au comité que l’été dernier, le Groupe consultatif pour la carboneutralité avait mené des recherches sur la tarification industrielle et les accords d’équivalence, et s’était proposé pour informer les différents acteurs au sein du gouvernement.
Mais il a souligné que l'organisme consultatif n'avait reçu aucune réponse du cabinet du premier ministre, et seulement un accusé de réception du cabinet du ministre de l'Énergie, Tim Hodgson.
«Je n’avais aucun problème à présider un organe consultatif dont les avis étaient pris en compte, mais finalement rejetés par le gouvernement, car après tout, nous ne sommes pas des représentants élus comme vous tous», a mentionné M. Donner aux députés.
«Je n’étais toutefois pas à l’aise avec le fait que le processus devienne purement symbolique, dans lequel nous n’avions que peu ou pas d’occasions de voir notre travail réellement influencer les politiques», a-t-il précisé.
Des critiques lors du comité
La cheffe du Parti vert, Elizabeth May, et le député néo-démocrate Gord Johns figuraient parmi les députés autorisés à poser des questions à M. Donner et Mme Abreu.
En règle générale, comme les Verts et le NPD n’ont pas le statut de parti, ils doivent compter sur la générosité des autres partis pour obtenir du temps de parole au sein des comités.
Lors de la réunion de mardi, ce sont les conservateurs qui ont offert tout leur temps de parole à Mme May et à M. Johns.
La décision initiale d’inviter M. Donner et Mme Abreu au comité en mars dernier avait suscité la controverse, les libéraux étant accusés de faire obstruction aux tentatives visant à les faire venir témoigner.
Ces accusations se sont poursuivies mardi lorsque le député libéral Bruce Fanjoy a présenté une requête visant à lancer une nouvelle étude sur la rénovation énergétique des logements alors qu'il interrogeait Mme Abreu.
Cette manœuvre a suscité de vives critiques de la part du député conservateur Branden Leslie, qui a accusé M. Fanjoy de faire traîner les choses pour étouffer des témoignages peu flatteurs pour le gouvernement.
«Je n'en reviens pas de voir à quel point c'est lâche», a affirmé M. Leslie, ajoutant que la rénovation énergétique des logements relève de Ressources naturelles Canada, qui n'est pas de la compétence du comité.
Le député du Bloc québécois Patrick Bonin a mentionné qu'il était déçu de cette attitude, alors que deux témoins experts sur le changement climatique sont venus s'exprimer.
M. Fanjoy a défendu sa démarche, affirmant qu’il s’agissait d’une étude pertinente sur un programme visant à aider le Canada à atteindre ses objectifs climatiques.
Nick Murray, La Presse Canadienne