Un service de toxicomanie en télésanté prend de l'ampleur auprès des Autochtones

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — La télémédecine est en constante évolution. Un projet innovant du CHUM, qui offre des services en toxicomanie par télésanté à des Autochtones, prend de l'ampleur. Déjà, 24 communautés autochtones du Québec y ont adhéré, et bientôt certains villages du Nunavik pourraient s'ajouter au lot.
L'idée de ce service de télésanté pour les gens qui ont une dépendance à une substance est de créer une collaboration entre le patient, l'équipe du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et les soignants du centre de santé de la communauté autochtone.
La toxicomanie n'a pas tout de suite fait partie des services offerts en télésanté au Québec. Au départ, on préconisait le présentiel pour ce type de soins. La pandémie de la COVID-19 a propulsé en quelque sorte le nombre de services accessibles à la télésanté.
Depuis deux ans, le Service de médecine des toxicomanies du CHUM s'affaire à déployer le projet CATS, qui vise à améliorer l’accès aux services de toxicomanie, en collaboration avec des partenaires autochtones.
On peut déjà mesurer le succès de ce projet. En termes d'adhésion, 70 % des patients se présentent à leur rendez-vous d'évaluation, et on grimpe à 80 % pour les suivis lorsque les patients sont en traitement. «Ce sont des résultats qui sont vraiment excellents, ça fonctionne», se réjouit Sofiane Mouloud Chougar, infirmier-chef du Service de médecine des toxicomanies du CHUM.
«Je pense que le succès s'appuie par le fait qu'on vient proposer ce qui manque, le trou de service qui manque des fois, soit une évaluation médicale, peut-être des conseils pour de l'intervention ou autre chose», dit-il.
La Dre Stéphanie Marsan, médecin-cheffe du Service de médecine des toxicomanies du CHUM, renchérit en disant qu'ils ne veulent «surtout pas venir dédoubler les services», le but est d'offrir quelque chose qui n'existe pas encore dans la communauté.
Pour que ça fonctionne, il faut créer des liens avec les Autochtones. «La beauté de notre programme, c'est qu'on travaille avec le centre de santé de chaque communauté. On travaille avec les intervenants qui sont là, qui ont déjà développé des liens. Alors, lorsque le patient se présente dans ce rendez-vous, ce n'est pas juste avec nous, le médecin et l'infirmière au CHUM, il est accompagné de l'intervenant avec qui il a un lien de confiance, ou ça peut être aussi le guérisseur de la communauté», détaille la Dre Marsan.
En fonction des services déjà offerts sur place, en combinant des soins plus traditionnels et la médecine occidentale, ils détermineront ensemble un plan de traitement.
Le défi est que chaque communauté a ses particularités. Un modèle qui est implanté à un endroit ne fonctionnera pas nécessairement ailleurs. «Chaque communauté a des enjeux différents, ses programmes qui sont propres à elle, sa culture. Même s'il y a plusieurs communautés qui sont de la même nation, chaque communauté va être différente. Alors il faut vraiment développer des trajectoires, mais individuelles», explique Dre Marsan.
Des services rapides
Le projet CATS est de plus en plus populaire, ce à quoi s'attendaient les équipes en développant toujours plus de trajectoires. En moyenne au cours des dernières années, les gens pouvaient s'attendre à être évalués dans les cinq à dix jours. Maintenant, quand une personne prend un rendez-vous, le délai peut aller jusqu'à quatre semaines, mais les cas plus urgents seront priorisés.
«Je donne un exemple très concret: un patient qui consomme des opioïdes, il vient de faire une overdose, on ne va pas le faire attendre quatre semaines pour l'évaluer. On va se débrouiller pour trouver une place», mentionne M. Chougar.
Il estime que le projet vient repositionner la relation entre le soignant et le patient. Il croit qu'il faut changer les pratiques où le personnel de la santé s'assoit avec le patient avec un esprit: «on sait mieux que lui et on lui dit quoi faire».
«Même avec nos patients qui ne sont pas autochtones, on travaille cet aspect, admet M. Chougar. C'est de dire ''qu'est-ce que nous on peut t'offrir? Prends le temps d'y réfléchir. Tu n'es pas obligé de répondre aujourd'hui''. Ça vient teinter notre philosophie et notre façon de faire. On est moins dans quelque chose de très rigide.»
L'infirmier souligne que de tester de nouveaux modèles fait partie de la mission du CHUM, qui est un centre hospitalier universitaire. Il est ravi de participer à un projet qui fait en sorte de ne pas «rester dans nos vieux carcans».
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Katrine Desautels, La Presse Canadienne