«Rien ne change»: un Canadien blessé en Ukraine ne voit pas de fin à la guerre

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Par La Presse Canadienne, 2026
CALGARY — Mac Hughes regarde son corps et les traces indélébiles laissées par une frappe de drone russe l'année dernière.
Des formes rouges en forme de losange soulignent les greffes de peau sur ses jambes. Une peau tachetée de gris et de violet recouvre ses pieds.
«Elles ont l'air assez effrayantes, on dirait presque de la peau de Call of Duty sur mes jambes ou une peinture», explique le jeune homme de 23 ans.
«Je réfléchis à des tatouages sympas que je pourrais me faire faire (...) pour donner l'impression que mes jambes sont en feu ou quelque chose comme ça», confie-t-il.
Dans un entretien téléphonique avec La Presse Canadienne depuis son appartement à Kharkiv, dans le nord-est de l'Ukraine, le jeune homme originaire de Calgary explique qu'il n'est pas encore rétabli. Mais il marche à nouveau et est presque capable de courir.
Il est impatient de rejoindre son unité au sein des forces armées ukrainiennes.
«Rien ne change. La guerre continue. Elle ne prendra pas fin avant au moins deux ans, à moins que le monde ne fasse quelque chose, n'intervienne et n'arrête la Russie», affirme-t-il.
Mardi marque le quatrième anniversaire de l'invasion russe en Ukraine. M. Hughes est sur place depuis presque le début.
Il a rejoint son père pour faire du bénévolat dans ce pays déchiré par la guerre, puis s'est engagé dans l'armée après la mort d'un ami proche au combat.
Lors de la dernière fête nationale canadienne, il a entendu un drone s'approcher de sa position et s'est mis à courir, mais celui-ci a explosé et l'a coincé entre une voiture et un mur. Il a alors pris feu.
Il a supplié ses camarades militaires de l'abattre. Ils ont refusé et ont fini par le libérer. Il a subi des brûlures sur un tiers de son corps.
Il a subi plusieurs opérations chirurgicales. Les médecins ont également déplacé certains nerfs de ses jambes, explique M. Hughes.
«Avant, je ne pouvais pas bouger mon pied, et maintenant, il fonctionne. Je vois une différence notable», souligne-t-il.
L'Ukraine, en particulier la région de Kharkiv, à environ 30 kilomètres au sud de la frontière russe, a été frappée par des températures glaciales et des attaques russes constantes, laissant de nombreuses personnes sans électricité.
Assis chez lui dans le noir avec sa petite amie et les trois chats abandonnés qu'ils ont sauvés, M. Hughes estime que la plupart des gens ne se rendront probablement pas compte de l'anniversaire imminent de l'invasion russe.
«Malheureusement, ce ne sera qu'un jour comme les autres pour les soldats au front», dit-il.
«On doit faire face à tellement de choses ici et on perd beaucoup d'amis. Je peux facilement citer 15 ou 20 personnes que je connaissais et qui sont mortes, et qui étaient de bons amis. Ils vont et viennent, et la mort et la destruction font partie intégrante de la guerre», raconte-t-il.
Son père, Paul Hughes, s'est rendu en Ukraine depuis Calgary cinq jours après l'invasion. Il avait initialement prévu de se battre, mais il a finalement décidé d'apporter son aide et a créé sa propre organisation caritative, HUGS (Helping Ukraine Grassroots Support).
L'appartement de Paul Hughes est sans électricité ni chauffage depuis deux semaines.
«On porte un coton ouaté supplémentaire à l'intérieur et on s'enveloppe dans des couvertures, avec des chaussettes très épaisses», explique cet homme de 61 ans pour rester au chaud.
«C'est pénible. Parce qu'il est vraiment difficile de prendre une douche quand il fait froid, à cause de toute cette humidité dans l'air. Je peux le supporter. Je suis Canadien», dit-il lors d'un entretien téléphonique pendant l'une de ses livraisons quotidiennes.
«Maintenant, les canalisations d'eau se rompent aussi, parce que tout commence à geler. Et c'est une catastrophe (...) une véritable catastrophe», ajoute-t-il.
Il s'arrête pour livrer un réchaud de camping à une femme âgée et des médicaments à une autre, tandis qu'une sirène d'alerte aérienne retentit en arrière-plan. Il soupire de frustration.
«Il y a plusieurs sirènes chaque jour. Les Shahed (drones) arrivent presque tous les jours», M. Hughes.
Une année d'efforts de paix menés par le gouvernement du président américain Donald Trump n'a pas réussi à mettre fin aux combats. Au début du mois, les États-Unis ont donné à la Russie et à l'Ukraine jusqu'au mois de juin pour parvenir à un accord visant à mettre fin à la guerre.
«Je ne suis pas du tout optimiste à ce sujet, car Trump est tellement incompétent (...) il semble être à la solde de Poutine», déclare M. Hughes, en référence au président russe.
«Il semble être, comme on dit ici, un agent des Russes», ajoute-t-il.
Le père et le fils affirment tous deux qu'ils ont l'intention de retourner à Calgary, mais pas dans l'immédiat.
«Kharkiv est ma maison maintenant, déclare Paul Hughes. Nous nous sommes engagés dans cette voie et, après quatre ans, il ne serait pas approprié de partir. Quand la guerre sera terminée, nous rentrerons chez nous.»
Bill Graveland, La Presse Canadienne