L’Ordre des travailleurs sociaux propose 5 pistes pour renforcer les services sociaux
MONTRÉAL — «Ça prend des services sociaux qui sont plus forts au Québec», plaide la présidente de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec, Valérie Fernandez. L'Ordre propose cinq solutions pour y arriver.
Ces propositions sont adressées aux partis politiques tout juste avant le déclenchement de la campagne électorale québécoise. L'Ordre fait valoir qu'améliorer l'accès aux services sociaux et communautaires est essentiel pour résoudre plusieurs crises, notamment celles de la santé mentale et de l'itinérance.
«L'itinérance est un peu comme le symptôme de l'effritement de tout notre filet social au cours des années, au cours de différentes réformes. Oui il faut s'attarder à ça, c'est urgent, c'est nécessaire, mais il faut aussi qu'on travaille notre filet social en mettant des services sociaux généraux qui sont accessibles à tout le monde», met de l'avant Mme Fernandez.
En priorité, l'ordre professionnel demande que la prestation d'aide sociale soit rehaussée à 25 000 $ par année. Actuellement, le bien-être social de base pour une personne seule sans contraintes est d'environ 10 000 $ et de 20 500 $ pour une personne avec invalidité ou contraintes sévères de longue durée.
Pour arriver au montant réclamé de 25 000 $, l'Ordre s'est basé sur la mesure du panier de consommation (MPC), qui sert à estimer le revenu nécessaire pour couvrir les besoins de base en termes de logements, vêtements, transports, alimentation, etc.
«Dans le contexte actuel, on ne voit pas comment une personne peut répondre à tous ses besoins de base avec des prestations minimums de 10 140 $», commente Valérie Fernandez
Elle explique que les personnes en situation de grande précarité sont la clientèle principale des travailleurs sociaux. «Au cours des derniers mois, il a beaucoup été question du coût de la vie, de la pauvreté, des logements qui sont inabordables, de l'itinérance. Tout le monde est à la recherche de solutions, reconnaît-elle. Donc, on construit, on finance des banques alimentaires, mais on le fait en abstraction d'une variable qui est importante et incontournable, sinon la plus importante, c'est-à-dire le revenu.»
La santé fait ombrage sur les services sociaux
Mme Fernandez souhaite que le prochain gouvernement nomme un ministre responsable des services sociaux au sein du Conseil des ministres. Il n'est plus possible de fusionner les missions de la santé et des services sociaux, selon elle, car la santé est devenue «si prédominante» qu'elle monopolise les ressources.
«On veut simplement que les services sociaux soient sous la responsabilité d'une personne pour leur donner leur pleine place [...] et qu'il y ait aussi le financement nécessaire et l'autonomie nécessaire pour avoir une bonne réponse gouvernementale aux différents enjeux sociaux», détaille Mme Fernandez.
Parmi les autres solutions mises de l'avant par l'Ordre, il y a de mieux valoriser la pratique professionnelle en travail social dans le réseau. Également, d'augmenter l’offre de services sociaux et communautaires de proximité.
Augmenter les cohortes à l'université
Il manquerait au moins moins 1650 travailleurs sociaux dans le réseau, selon les projections du gouvernement publiées en 2023.
«On pourrait facilement, si on augmente les cohortes, aller compenser le manque de travailleurs sociaux dans le réseau», soutient Mme Fernandez.
Selon des données dont l’Ordre dispose, les universités offrant les programmes de baccalauréat ou de maîtrise en travail social au Québec (les deux programmes menant au permis de travailleur social) ont reçu environ 5600 demandes d’admission au printemps 2025. De ce nombre, 2000 personnes ont été admises à l’automne suivant.
Cela témoigne de l'intérêt pour cette profession, affirme Mme Fernandez. Le manque de ressources financières des universités en plus du manque de places de stage freinent les établissements dans leur capacité à augmenter les cohortes étudiantes.
«S'il manque de travailleurs sociaux au sein du réseau, il y a fort à parier qu'ils sont davantage surchargés et moins en mesure de prendre des stagiaires et de les superviser. C'est un peu un cercle vicieux», se désole la présidente de l'Ordre.
D'autre part, l’Université McGill est la seule à offrir la maîtrise en thérapie conjugale et familiale, qui se donne en anglais.
Selon l'Ordre, en 2025, près de 400 personnes étaient en attente d’une formation universitaire en français donnant accès au permis de thérapeute conjugal et familial.
Et il y a seulement 300 thérapeutes conjugaux et familiaux au Québec, alors que «les besoins sont importants et que les modèles familiaux et conjugaux se complexifient», dit l'Ordre, qui réclame donc la création de programmes universitaires francophones de maîtrise en thérapie conjugale et familiale.
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Katrine Desautels, La Presse Canadienne

