La skieuse américaine Lindsey Vonn semble avoir été chanceuse dans sa malchance

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Les images sont à glacer le sang: quelques secondes à peine après avoir pris le départ, alors qu'elle est en pleine accélération, l'épaule droite de la skieuse effleure une porte, elle perd le contrôle et elle s'envole comme un pantin désarticulé.
Quelques instants plus tard, elle agrippe sa jambe gauche en grimaçant de douleur.
Ainsi a pris fin non seulement la participation de Lindsey Vonn aux Jeux olympiques de Milan-Cortina, mais aussi un des retours à la compétition les plus spectaculaires de l'histoire. Et il s'en est fallu de très peu pour que sa vie soit chamboulée à tout jamais, puisque la championne a révélé lundi sur les réseaux sociaux qu'elle est passée à un poil de perdre sa jambe.
La blessure catastrophique qu'elle a subie, a expliqué le chef de la division de chirurgie orthopédique au Centre universitaire de santé McGill, le docteur Greg Berry, est essentiellement attribuable à la vitesse à laquelle elle descendait au moment de sa chute.
«L'analogie que je vous donnerais, c'est celle des pilotes de F1, a-t-il dit. Lorsque les pilotes de F1 ont un accident, ce n'est pas un accident d'auto banal comme vous et moi on aurait. C'est plutôt comme un écrasement d'avion. Ils vont tellement vite, les forces et l'énergie sont tellement plus exagérées, que les dommages corporels sont nettement différents et supérieurs.»
La chute et la blessure de Vonn ne sont donc en rien comparables aux dommages que s'infligerait un skieur du dimanche au mont Saint-Bruno, par exemple.
L'os de sa jambe, a poursuivi le docteur Berry, a tout simplement «éclaté». Les radiographies mises en ligne témoignent d'ailleurs du nombre de vis et de plaques qui ont été requises pour tout remettre en place.
Et l'os n'a pas été le seul à encaisser l'impact, a-t-il précisé: les tissus avoisinants ont aussi été endommagés, ce qui a causé beaucoup d'enflure. Et c'est ça qui aurait pu lui coûter sa jambe.
En cas de blessure au niveau du cerveau, a comparé le docteur Berry, la rigidité de la boîte crânienne empêchera l'organe de prendre de l'expansion et l'augmentation de la pression viendra écraser les tissus. Dans le cas d'une blessure à des muscles, comme dans le cas de Vonn, c'est le fascia qui joue le rôle de la boîte crânienne.
«Si vous allez chez le boucher, la petite couche blanche difficile à mâcher sur la viande, c'est ça, le fascia, et ça résiste à l'expansion du muscle, a-t-il expliqué. C'est comme porter un jeans mouillé. Le muscle veut prendre de l'expansion, mais il ne peut pas, parce que le fascia le restreint.»
La pression interne commence alors à augmenter et les vaisseaux sanguins sont écrasés, particulièrement les infimes capillaires qui nourrissent le muscle et les nerfs, «et ça coupe la circulation terminale, et c'est là qu'on risque de perdre la jambe», a dit le docteur Berry.
Il importe donc de procéder de manière séquentielle, a-t-il souligné: avant de même penser à remettre les os brisés en place, il faut pratiquer des incisions dans le fascia ― une fasciotomie ― pour permettre aux muscles et aux nerfs de respirer.
On voit d'ailleurs, sur les photos qui ont circulé en ligne, tout le mécanisme externe et presque sorti d'un film de science-fiction qui a été nécessaire pour immobiliser la jambe de Vonn pendant quelques jours, avant qu'on puisse l'opérer.
«On ne peut pas tout faire en même temps, parce que la jambe est trop endommagée, a dit le docteur Berry. Le nombre de plaques et de vis et leur positionnement témoignent d'une fracture très complexe. Normalement, une fracture se restreint aux 10 ou 15 premiers centimètres du tibia. Mais (dans son cas), on voit les plaques descendre jusqu'à la moitié ou plus du tibia. C'était quasiment un accident d'avion.»
Vonn a toutefois été chanceuse dans sa malchance, puisqu'elle n'a pas perdu connaissance et qu'elle a pu témoigner de sa douleur au personnel soignant.
«Le syndrome compartimental est très, très douloureux, a conclu le docteur Berry. Si le patient est inconscient, ou s'il est intubé et ventilé, ou s'il a subi une blessure (à la colonne vertébrale) et qu'il ne sent plus ses jambes, il ne peut pas nous dire qu'il a mal, alors il faut vraiment être aux aguets (...) pour identifier le syndrome avant que le mal soit fait.»
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne