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La pandémie et le télétravail auraient eu un impact sur le rythme de sommeil

durée 13h27
22 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — La pandémie a affecté le rythme de sommeil de beaucoup d’individus et le télétravail n’y serait pas pour rien, selon une étude de l'Université McGill.

Le Zhou, doctorant au sein du programme intégré en neurosciences de l’Université McGill, a participé à des recherches sur les habitudes de sommeil et les différents chronotypes, qui correspondent à l'horloge biologique d’un individu sur 24 heures.

«Il s’agit des préférences naturelles des gens quant à l’heure du coucher et du réveil, a expliqué le doctorant lors d’une entrevue. Ceux qui préfèrent se lever tôt sont appelés des lève-tôt et ceux qui préfèrent veiller tard sont appelés des noctambules.»

L’étude de ces chronotypes a permis de trouver certaines incohérences. Alors que certaines personnes associent les nuits blanches à la dépression, d’autres n’y trouvent pas vraiment de corrélation. Les chercheurs de l’Université McGill se sont alors interrogés sur l’existence de dissemblances au sein des groupes de noctambules et de lève-tôt.

Afin de réaliser cette étude, les chercheurs ont analysé les données d’imagerie cérébrale, les réponses à des questionnaires et les dossiers médicaux de plus de 27 000 adultes de la UK Biobank.

L’objectif de départ de l’étude était de déterminer si tous les groupes noctambules présentaient les mêmes caractéristiques cérébrales et de santé. Les recherches ont finalement permis d’identifier cinq sous-types de chronotypes.

Du côté des couche-tard, Le Zhou a décrit trois profils spécifiques. Il existe tout d’abord des noctambules typiques qui ont de bonnes capacités cognitives, mais ont du mal à gérer leurs émotions et ont souvent tendance à se laisser tenter par des comportements plus risqués, comme fumer, consommer de l’alcool ou même des substances.

Le deuxième type de noctambule est plus vulnérable, ses capacités cognitives ne sont pas très importantes, il a tendance à être moins actif physiquement et à fumer davantage. Son profil est souvent associé à la dépression et aux risques cardiovasculaires.

L’étude a démontré que ces personnes présentent une faible connectivité de la matière blanche du cerveau, ce qui signifie que leur processus de traitement de l'information est moins efficace que celui des autres sous-groupes.

Le Zhou décrit le troisième type de noctambule comme très énergique et actif physiquement. Ce sont des individus qui apprécient les clubs et ont tendance à consommer de l’alcool.

«Ce groupe est majoritairement masculin, révèle-t-il. Leur profil hormonal est typiquement masculin: par exemple, ils ont un taux de testostérone plus élevé.»

En ce qui concerne les lève-tôt, il existe deux profils bien distincts.

Le premier est plutôt classique. Les individus de cette catégorie ont une vie stable, ne prennent pas beaucoup de risques, ne boivent pas forcément et ne sortent pas.

La deuxième catégorie de personnes qui se lèvent tôt est quant à elle plus vulnérable.

«Elles ont un mode de vie très stable et participent moins aux activités de loisirs, mais leurs horaires matinaux sont liés à la fatigue, à l'anxiété et même à la dépression», Le Zhou.

Le doctorant a insisté sur le fait que l’étude est principalement basée sur l’organisation cérébrale et les connectivités fonctionnelles.

«Nos principales conclusions ne portent pas seulement sur le comportement ou les résultats en matière de santé, dit-il. Nous avons également constaté des schémas cérébraux différents, en particulier au niveau du système limbique.»

«Ces schémas cérébraux au sein de ces réseaux cérébraux pourraient expliquer pourquoi ils ont des stratégies de régulation émotionnelle différentes», a-t-il ajouté.

Évolution des chronotypes à l'ère du numérique

Cette étude de l’Université McGill sur les différents chronotypes a dévoilé que l’ère post-pandémie dans laquelle nous nous trouvons et l’essor du numérique ont joué un grand rôle dans la création de ces différents profils.

Le Zhou nous indique qu’«à l’ère du numérique, et surtout depuis la pandémie, les gens peuvent travailler à domicile ou à l’heure qui leur convient. Les horaires sont donc plus variés qu’avant.»

«Je ne suis pas sûr pour tous les emplois, mais pour nos doctorants, par exemple, en informatique, on peut commencer à travailler vers 10 heures ou même 11 heures, tandis que les étudiants en biomédecine doivent se rendre à l'hôpital ou au laboratoire vers 8 heures ou même 7 heures», ajoute le Zhou.

Interrogé sur les dangers de ces différents rythmes de sommeil, il a souhaité préciser que ceux-ci ne constituent à la base que des habitudes individuelles et ne constituent en aucun cas une maladie ou un problème.

L’objectif de l’étude sur les chronotypes est de chercher à mieux les comprendre afin de permettre aux personnes de mieux adapter leurs besoins en fonction de leur personnalité, afin de favoriser le bien-être de tous.

Selon Le Zhou, il existe des solutions pour les différents sous-types d’individus qui ne se trouvent pas dans la bonne catégorie et n’adoptent pas forcément les meilleurs rythmes de sommeil pour leur organisme.

«Les différents schémas cérébraux étudiés lors de l’étude peuvent aider à expliquer pourquoi ces différents sous-types présentent des comportements et des habitudes de vie différents.»

En fonction des caractéristiques de leurs groupes, les individus pourraient tenter de s’adapter et de changer quelques habitudes.

Le Zhou explique notamment que si les couche-tard plus vulnérables veulent trouver un mode de vie plus adapté, ils peuvent notamment augmenter leur activité sportive ou trouver des moyens pour gérer leur anxiété.

Le chercheur ajoute que les personnes sujettes à la dépression pourraient se tourner vers des activités leur apportant davantage de soutien moral et que les noctambules typiques pourraient, par exemple, décider de suivre leur rythme naturel plutôt que de le contrer.

«Je pense que si les gens connaissent leur sous-type et examinent les profils de santé ou de comportement auxquels ils sont potentiellement associés, cela pourrait les aider à prendre des décisions pour améliorer leur vie», a conclu Le Zhou.

Anja Conton, La Presse Canadienne