La Chine appelle le Canada à s'affranchir de l'influence des États-Unis

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Par La Presse Canadienne, 2026
Alors que le premier ministre canadien Mark Carney arrive en Chine mercredi, ses hôtes y voient une occasion de distancier cet allié de longue date des États-Unis de leur rival, du moins quelque peu.
Les médias d'État chinois appellent le gouvernement canadien à définir une politique étrangère indépendante des États-Unis – ce qu'ils qualifient d'«autonomie stratégique».
Le Canada a longtemps été l'un des plus proches alliés des États-Unis, tant sur le plan géographique qu'à d'autres égards. Mais Pékin espère que l'agression économique – et désormais militaire – du président Donald Trump contre d'autres pays fragilisera cette relation de longue date.
Le gouvernement chinois s'était indigné des efforts déployés par l'ancien président américain Joe Biden pour renforcer les relations avec l'Europe, l'Australie, l'Inde, le Canada et d'autres pays afin de contrer la Chine. Il y voit maintenant une occasion de tenter de distendre ces liens, tout en restant prudent quant à l'ampleur de cette démarche.
Mark Carney, pour sa part, a mis l'accent sur le commerce, décrivant son voyage en Chine comme une initiative visant à nouer de nouveaux partenariats à travers le monde afin de mettre fin à la dépendance économique du Canada vis-à-vis du marché américain. M. Trump a imposé des droits de douane sur les exportations canadiennes vers les États-Unis et a suggéré que ce vaste pays riche en ressources pourrait devenir le 51e État américain.
Une tentative de redressement diplomatique
Le premier ministre canadien, entré en fonction l'an dernier, cherche à renouer les relations avec la Chine, marquées par l'acrimonie pendant plus de six ans sous son prédécesseur, Justin Trudeau.
La détérioration des relations a commencé avec l'arrestation d'une dirigeante chinoise du secteur technologique à la fin de 2018, à la demande des États-Unis, et a été alimentée plus récemment par la décision du gouvernement Trudeau, en 2024, de suivre l'exemple de M. Biden en imposant un droit de douane de 100 % sur les véhicules électriques fabriqués en Chine. La Chine a riposté à cette mesure, ainsi qu'à un droit de douane de 25 % sur l'acier et l'aluminium, en imposant ses propres droits de douane sur certaines exportations canadiennes, notamment le canola, les fruits de mer et le porc.
«Si le Canada réfléchit aux causes profondes des revers survenus dans les relations bilatérales ces dernières années – la politique du précédent gouvernement de Justin Trudeau visant à contenir la Chine en s'alignant aveuglément sur les États-Unis – il comprendra qu'il peut éviter le même scénario en préservant son autonomie stratégique dans la gestion des questions liées à la Chine», a écrit cette semaine le quotidien d'État «China Daily» dans un éditorial.
«Si Ottawa choisit encore de soumettre sa politique envers la Chine à la volonté de Washington, ses efforts passés pour rétablir les liens avec Pékin seront vains», a averti le journal anglophone.
Le «Global Times», organe de presse gouvernemental, a ajouté: «C'est peut-être le prix élevé payé pour avoir suivi aveuglément les États-Unis dans l'imposition de droits de douane élevés sur les produits chinois qui a éveillé le sens de l'autonomie stratégique d'Ottawa.»
Les responsables canadiens ont indiqué s'attendre à ce que le voyage de M. Carney permette des progrès en matière de commerce, mais pas à une suppression définitive des droits de douane.
Quel terrain d'entente?
Des experts chinois ont souligné que les deux pays pourraient trouver un terrain d'entente concernant l'intervention militaire américaine au Venezuela, pays riche en pétrole, qui a contraint son président à se rendre à New York pour y être jugé, et les déclarations ultérieures de M. Trump selon lesquelles le Groenland, territoire danois, devrait passer sous contrôle américain.
«On constate également le malaise considérable que ressent actuellement le Canada à l'égard des États-Unis, a soutenu Cui Shoujun, spécialiste de politique étrangère et de l'Amérique latine à l'Université Renmin de Chine. Si les États-Unis peuvent revendiquer le Groenland, pourraient-ils alors revendiquer le Canada?»
Il a également prédit que la décision de M. Trump contre le président vénézuélien Nicolás Maduro renforcerait l'autonomie stratégique des pays d'Amérique latine, leur permettant de résister à une éventuelle ingérence américaine dans leurs affaires.
Cependant, la Chine reste lucide quant à la possibilité que les Canadiens se rangent de son côté, compte tenu de leurs craintes face à la montée en puissance économique et militaire de la Chine, ainsi que de leurs liens historiques et culturels profonds avec les États-Unis. Le Canada et la Chine ont également des divergences majeures avec la Chine concernant l'essor de ses exportations et la menace qu'elles représentent pour l'emploi dans leurs pays, ainsi que sur les questions de droits de la personne et de Taïwan.
Zhu Feng, doyen de l'École d'études internationales de l'Université de Nankin, a mis en garde contre toute surestimation de l'importance de la visite de Mark Carney en Chine, «car le Canada est non seulement un voisin des États-Unis, mais aussi un allié».
Les pressions exercées par Donald Trump sur les partenaires traditionnels des États-Unis pourraient offrir à la Chine une certaine marge de manœuvre pour développer ses relations avec eux, mais les alliés aux Américains devront tenir compte de leur dépendance persistante à l'égard de la puissance économique et militaire américaine. Ils pourront peut-être réduire quelque peu cette dépendance à court terme, mais il est peu probable qu'ils parviennent à l'éliminer dans un avenir prévisible.
Ken Moritsugu, The Associated Press