Insultes, dessins et déclarations d'amour: des graffitis inédits découverts à Pompéi

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Insultes, dessins de combats de gladiateurs ou encore déclarations d'amour: des graffitis se révèlent dans un couloir de Pompéi grâce au travail méticuleux de chercheurs, dont une professeure d'une université montréalaise.
C'est un petit trésor qui se trouve au cœur des vestiges de Pompéi, dans le sud de l'Italie, dans un couloir d'une trentaine de mètres qui relie les deux théâtres de la ville antique détruite par l'éruption du Vésuve en 79.
Sur ces murs, près de 300 graffitis, aussi bien des dessins que des inscriptions écrites, donnent un aperçu du quotidien des habitants de Pompéi et leur façon de penser.
«On en apprend davantage sur leur identité, sur leurs préoccupations quotidiennes, sur les thématiques qui les frappent», explique Marie-Adeline Le Guennec, professeure d'histoire de l'Antiquité romaine à l'UQAM.
La spécialiste étudie déjà depuis plusieurs années les graffitis dans la ville antique. Alors qu'elle examine des inscriptions sur des auberges de Pompéi, elle se retrouve à collaborer avec Éloïse Letellier-Taillefer, une archéologue de la Sorbonne Université, qui travaille sur les théâtres du site.
Louis Autin, maître de conférence en langue et littérature latine à la Sorbonne Université, les rejoint sur ce projet multidisciplinaire «Bruits de couloir», qui dévoile une sorte de «réseau social de l'Antiquité».
Une artiste chercheuse s'est également ajoutée à l'équipe afin d'aider à comprendre le geste de graver, qui n'a pas de parallèle dans le contemporain.
Des bribes du quotidien
Leurs premières recherches se déroulent en 2022 et se sont poursuivies en 2025. Leur objectif est avant tout de répertorier les graffitis qui avaient déjà été remarqués dans des publications faites depuis le XIXe siècle.
Les chercheurs étaient alors loin de s'attendre à tomber sur 79 inscriptions inédites, que Mme Le Guennec qualifie de «très très belles découvertes».
Parmi les graffitis décodés, une déclaration d'amour faite par un certain Erato, qui écrit tout simplement «Erato amat...» («Erato aime...»), mais dont le reste de l'inscription a disparu avec le temps, empêchant de connaître l'identité de sa moitié, souligne M. Autin.
«C'est assez touchant de voir ces relations amoureuses, affectives, ordinaires se dévoiler sous nos yeux», mentionne-t-il.
Mme Le Guennec est marquée par les inscriptions qui «donnent des indices sur l'identité des gens, sur leur nom, sur les relations qu'ils ont entre eux, des gens qui sont passés dans le couloir, mais des gens aussi de l'extérieur».
Des graffitis ont notamment été laissés «par des gens qui venaient de très très très loin, avec une écriture issue du Proche-Orient et qu'on appelle le safaïtique», indique la professeure.
Des hypothèses commencent à émerger concernant leur présence à des milliers de kilomètres de chez eux, notamment une possible présence militaire.
La chercheuse s'intéresse aussi tout particulièrement aux graffitis qui auraient pu être inscrits par des femmes, qui posent la question de leur place dans l'espace public romain.
«On en a très très peu de traces vraiment réelles. On peut juste faire des hypothèses. Et même avec les hypothèses les plus ouvertes, on aurait une minorité de femmes qui auraient laissé des traces de leur passage dans le couloir par des graffitis», précise-t-elle.
Le soutien des technologies
Lors de leur retour sur le site en 2025, les chercheurs ont pour mission de faire une couverture photographique du couloir.
Ils emploient alors deux procédés. Le premier, très utilisé en archéologie, est une couverture par photogrammétrie, qui permet de prendre un certain nombre de photos et de les positionner les unes par rapport aux autres.
La deuxième technique est celle de la Reflectance Transformation Imaging (RTI), une technologie déjà connue, mais qui n'avait jamais été utilisée à si grande échelle, sur 50 mètres carrés de surface.
Lorsque l'on observe le mur à la lumière naturelle, certains détails ne se révèlent pas, car le soleil éclaire directement la surface, cachant les petites incisions.
La RTI, portée dans ce projet par Mercurio Imaging, vient contourner ce problème, en photographiant «un objet avec un certain nombre de lumières qui viennent des côtés», explique Louis Autin.
Vingt-cinq lumières différentes s'allument successivement lors de la prise d'une photo. En les combinant, il est possible de créer une modélisation numérique de l'inscription, qui permet d'ajuster la luminosité sur un ordinateur et de dévoiler ses secrets.
Les chercheurs ont travaillé pendant cinq nuits à Pompéi afin de prendre en photo chaque portion du mur, créant une trace d'archives de ces enduits très fragiles qui s'abîment avec le temps.
Ces découvertes sont en train d'être répertoriées sur une plateforme numérique nommée «Bruits de couloir», qui sera bientôt rendue disponible au grand public pour qu'il puisse lui aussi explorer les secrets de Pompéi.
Audrey Sanikopoulos, La Presse Canadienne