Des associations appellent Ottawa à soutenir davantage les militants iraniens

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Des associations irano-canadiennes appellent Ottawa à redoubler d'efforts pour protéger les militants pour la démocratie en Iran et à mettre fin à la répression transnationale sur le territoire canadien.
«Malheureusement, depuis les crimes de masse commis en Iran en janvier de cette année, nous n’avons vu aucune mesure concrète de la part du gouvernement canadien», a déclaré Ardeshir Zarezadeh, mercredi.
M. Zarezadeh affirme avoir été prisonnier politique en Iran et estime qu’Ottawa devrait mettre en place un programme humanitaire pour aider les manifestants anti-régime blessés à se faire soigner à l’étranger. Il pense également que le gouvernement devrait en faire davantage pour demander des comptes à Téhéran.
Il s’exprimait sur la colline du Parlement lors d’une conférence de presse organisée par le député conservateur James Bezan pour marquer la Semaine de la responsabilisation de l’Iran, une campagne multipartite lancée pour la première fois en 2013.
L'événement de cette année survient à la suite de la guerre lancée par les États-Unis et Israël contre le gouvernement iranien, après de vastes manifestations qui ont conduit Téhéran à tuer sans vergogne des milliers de manifestants et à restreindre drastiquement l'accès à Internet.
Le premier ministre Mark Carney avait initialement exprimé en février un soutien sans équivoque à cette guerre, en disant qu’elle empêcherait l’Iran de se doter d’armes nucléaires. Toutefois, quelques jours plus tard, il a regretté que Washington n’ait pas consulté les Nations unies et a ajouté que ce conflit enfreignait probablement le droit international.
M. Bezan a soutenu qu'il fallait accorder davantage d'attention aux souffrances des manifestants anti-régime en Iran ainsi qu'aux Canadiens signalant une recrudescence des menaces provenant d'Iran.
«Les mollahs ont commis un acte terrible en continuant de persécuter quiconque s'est élevé contre le régime, s'est battu pour les droits des femmes ou pour la liberté», a affirmé le député du Manitoba.
«Aujourd’hui, les voir utiliser leurs mandataires ici au Canada contre ces personnes qui ont de la famille en Iran et tenter d’exploiter cette situation pour les réduire au silence est révoltant.»
M. Zarezadeh a raconté avoir reçu de fréquentes menaces qu’il attribue au régime iranien, notamment dans un courriel qu’il a reçu deux jours auparavant.
«Ces menaces proviennent de la République islamique et visent les dissidents, ceux qui dénoncent la République islamique au Canada et qui luttent contre son influence au Canada», a-t-il déclaré.
M. Zarezadeh, qui dirige l’organisation à but non lucratif International Centre for Human Rights, a soutenu qu’Ottawa devait être plus claire lorsqu’elle affirme avoir choisi la voie diplomatique plutôt que de se joindre à la guerre contre l’Iran.
Il a ajouté que le Canada pourrait saisir les tribunaux internationaux, accroître la pression sur l’Iran aux Nations unies, coordonner davantage ses actions avec ses alliés en matière de sanctions et accueillir des manifestants et des journalistes.
«Jusqu’à présent, le gouvernement canadien n’a mis en place aucun programme humanitaire ni aucune alternative à ce qu’il qualifie de diplomatie plutôt que de frappes militaires», a-t-il indiqué.
Un rapporteur de l’ONU a déclaré en janvier qu’au moins 5000 Iraniens avaient été tués lors de manifestations anti-régime, et que le bilan pourrait s’élever à 20 000 morts d’après les rapports des médecins.
Des groupes ont signalé de nombreuses arrestations et exécutions depuis lors, avec des rapports hebdomadaires faisant état de la détention d’avocats, de militants et même de professionnels de la santé aux postes de contrôle.
Ottawa a répété à plusieurs reprises qu’elle luttait contre l’influence iranienne en collaborant avec ses alliés, notamment par le biais de sanctions. Les partis d’opposition ont fait valoir que le Canada n’en faisait pas assez, en particulier pour poursuivre ou expulser les responsables iraniens présents au Canada.
Peu avant la guerre, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a déclaré que le Canada ne rétablirait pas ses relations diplomatiques avec l’Iran tant qu’un «changement de régime» n’aurait pas eu lieu. Le gouvernement Harper avait rompu les relations diplomatiques en 2012.
Réduire l'influence en sol canadien
M. Bezan a déposé un projet de loi l'automne dernier visant à réformer certaines parties du régime de sanctions du Canada, dans le but de mieux faire respecter les sanctions à l'encontre des responsables étrangers. Le projet de loi étendrait les interdictions de voyager aux proches des responsables étrangers, par exemple en empêchant les autocrates d'envoyer leurs enfants étudier au Canada.
La loi définirait également la répression transnationale dans la législation. Le projet de loi fait l’objet de son premier examen en commission cette semaine, et M. Bezan a précisé que le gouvernement avait jusqu’à présent adopté une approche collaborative à son égard.
«Nous voulons nous assurer que le Canada ne soit pas utilisé, avant tout, comme un refuge pour les responsables étrangers corrompus, pour ceux qui bafouent les droits de la personne et pour ceux qui tentent de dissimuler la fortune illicite qu’ils ont acquise grâce à leur corruption et à leur kleptocratie», a-t-il déclaré.
Dylan Robertson, La Presse Canadienne