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COVID longue: une équipe de l'IRCM est sur une nouvelle piste

durée 11h25
1 mai 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Le virus de la COVID semble modifier le microbiote intestinal d'une manière qui pourrait expliquer certains des symptômes neurocognitifs de la forme longue de la maladie, laissent entendre les travaux d'une équipe de l'Institut de recherches cliniques de Montréal.

Plus précisément, la manière dont le SRAS-CoV-2 perturbe le microbiote intestinal semble être à l'origine d'une inflammation qui rend la barrière intestinale plus perméable, permettant à certaines substances d'entrer dans la circulation sanguine et de provoquer une réaction auto-immune, a expliqué la docteure Emilia Liana Falcone, de l'IRCM.

«Quand on parle de la COVID longue, on savait qu'il y avait une perturbation du microbiote, on savait qu'il y avait une dérégulation immunitaire, mais nous, on commence à démontrer un arc mécanistique (...) et potentiellement une cible thérapeutique», a-t-elle dit.

Une première étude, dont l'autrice principale est Kim Doyon-Laliberté, identifie une perturbation des lymphocytes B qui peut provoquer une réaction auto-immune lors de laquelle le système immunitaire attaque l'organisme au lieu de le défendre. Cette dérégulation passe par une protéine appelée BAFF.

Lors de tests en laboratoire, l'équipe a greffé à des souris dépourvues d'un microbiote intestinal celui de patients souffrant d'une forme sévère de la COVID longue. Les chercheurs ont ensuite constaté, chez les petites bêtes, une perturbation de la barrière intestinale qui devient plus perméable; une dérégulation du système immunitaire; et une augmentation des anticorps auto-immuns. Ils ont aussi vu une inflammation au niveau du cerveau, particulièrement dans les sections en lien avec la mémoire.

Mais quand ils ont bloqué BAFF chez les souris, la barrière intestinale a retrouvé son imperméabilité, la perturbation immunitaire a diminué et l'inflammation au niveau du cerveau a été renversée.

«Si on avait un casse-tête avec six morceaux, on en aurait quatre qui sont en place et on travaille à placer les deux autres», a illustré la docteure Falcone.

Cette étude, a-t-elle ajouté, est la «première (...) qui met de l'avant de potentiels biomarqueurs pour les patients avec la COVID longue et (...) une potentielle cible thérapeutique, le BAFF».

Une deuxième étude, dont le premier auteur est Matheus Aranguren, approfondit ce mécanisme en suggérant que des vésicules extracellulaires relâchées par le microbiote intestinal agiraient – du moins en partie – comme courroie de transmission entre le microbiote et le système immunitaire.

Lors d'autres expériences en laboratoire, les souris qui ont reçu des vésicules provenant de patients présentant une forme sévère de COVID longue ont semblé plus anxieuses lors de tests de comportement.

Leur mémoire pourrait aussi avoir été compromise. Les chercheurs ont ainsi constaté une inflammation des régions du cerveau associées à la mémoire, une dysfonction de leur barrière intestinale et «un genre d'inflammation soutenue, systémique», a dit la docteure Falcone.

Ces travaux, a-t-elle expliqué, pourraient dans un premier temps permettre de développer des biomarqueurs afin de stratifier les patients, pour s'assurer que chacun recevra le meilleur traitement possible. On pourrait ensuite vérifier si l'inhibition de la voie immunitaire qui a été identifiée ouvre des possibilités thérapeutiques.

Les travaux pourraient enfin avoir des répercussions au-delà de la seule COVID.

«Il y a aussi une possibilité que ce qu'on a identifié dans notre évaluation de patients avec la COVID longue s'applique aussi à d'autres affections post-infectieuses, a conclu la docteure Falcone. Et ça, c'est certainement une direction qu'on va prendre. Les patients qui ont des syndromes de fatigue chronique non associés à la COVID longue devraient être investigués, ainsi que des gens qui ont d'autres maladies auto-immunes.»

Ces deux études sont actuellement en révision par le journal Nature Immunology.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne