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Climat: quand le capital ne reflète plus les risques réels

durée 06h00
7 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Les modèles économiques sur lesquels s'appuient des gouvernements, des banques et des investisseurs pour évaluer les risques climatiques sont fondamentalement erronés, selon un récent rapport qui a fait l’objet d’une conférence au Sommet de la finance durable, à Montréal.

Les institutions financières et les décideurs politiques se trompent lorsqu’ils interprètent les risques climatiques auxquels les humains et leur système économique sont confrontés.

C’est du moins l’avis de plusieurs scientifiques du climat et de Mark Campanale, fondateur et chef de la direction de Carbon Tracker Initiative, qui participait jeudi dernier à une conférence intitulée «Quand le capital ne reflète plus les risques réels».

«On assiste à une bataille entre les économistes, leurs modèles et les scientifiques qui évoluent dans des disciplines et des mondes très différents», a expliqué M. Campanale, devant des centaines de participants, dont plusieurs issus du milieu de la finance.

La présentation de Mark Campanale était basée sur un rapport que son organisation Carbon Tracker Initiative a réalisé en collaboration avec l’université d’Exeter en Angleterre.

La publication intitulée «Recalibrer le risque climatique» s’appuie sur l’avis de 68 climatologues et soutient que de nombreux modèles économiques utilisés par les décideurs ne parviennent pas à saisir l’importance de l'impact que les événements météorologiques extrêmes, les chocs cumulatifs et les possibles points de bascule auront sur l’économie.

L’exemple du modèle DICE

Le rapport compare les prévisions de scientifiques du climat avec les prévisions de certains «modèles économiques standards», utilisés par des gouvernements et des institutions financières.

Par exemple, les modèles comme celui nommé DICE, de William Nordhaus, prévoient des dommages de l'ordre de 3 % de perte de PIB mondial pour un réchauffement de 3 degrés Celsius.

Cette perte correspondrait, selon ces modèles, à «une réduction négligeable, de moins de 0,1 % du taux de croissance annuel», a expliqué Mark Campanale.

Pourtant, la consultation menée auprès des 68 climatologues révèle une estimation médiane de 35 % de perte de PIB pour un réchauffement de 3 degrés Celsius.

Certains climatologues estiment même que les pertes pourraient atteindre près de 60 % du PIB en raison notamment des «points de bascule».

Les modèles sous-estimeraient l’impact des «points de bascule»

Plus les humains brûlent des hydrocarbures pour se déplacer, plus ils contribuent à augmenter la température globale et, de ce fait, ils augmentent les risques de catastrophes météorologiques extrêmes et de points de bascule climatiques.

La transformation d’une partie de la forêt amazonienne en savane, la désintégration des calottes glaciaires, la fonte du pergélisol, l’effondrement de l’AMOC (un système de courant océanique), sont des exemples de points de bascule.

Certains de ces points de bascule deviennent probables entre 1,5 et 3 degrés Celsius d'augmentation et peuvent entraîner «des perturbations économiques durables et des répercussions en cascade», comme «des hausses de prix alimentaires, qui déclenchent à leur tour des troubles sociaux, des migrations massives et des instabilités politiques sur l'ensemble des systèmes», souligne le rapport.

Or, toujours selon le document «Recalibrer le risque climatique», la plupart des modèles économiques actuels n’incluent pas les risques liés aux points de bascule, ce qui mène les institutions financières et les gouvernements à sous-estimer dangereusement le coût réel des changements climatiques.

Ces modèles mathématiques «extrapolent» à partir de données historiques et tentent d’expliquer l’avenir en se fiant au passé, mais sont incapables d’inclure des «changements abrupts» qui ne se sont jamais produits, toujours selon le rapport.

À l’inverse, les points de bascule déclencheraient des «changements structurels irréversibles», selon l’avis des scientifiques du climat interrogés par Carbon Tracker et les chercheurs de l’université d’Exeter.

Le rapport critique aussi l'usage exclusif du PIB comme indicateur

Le produit intérieur brut (PIB) est «manifestement une mesure imparfaite» qui sous-estime considérablement les véritables préjudices économiques, sociaux et environnementaux des changements climatiques, a expliqué Mark Campanale lors de sa présentation.

Le rapport de son équipe souligne que le PIB ne prend pas en compte la mortalité humaine, les impacts sur la répartition des richesses et les inégalités, les déplacements de population, la dégradation des écosystèmes, notamment.

«Dans certains cas, le PIB peut même augmenter après une catastrophe en raison des dépenses de reconstruction, masquant ainsi totalement les pertes de bien-être», peut-on lire dans le rapport.

Les auteurs de la publication pressent notamment les décideurs politiques et les investisseurs d'améliorer les modélisations qu’ils utilisent et d'adopter une «approche de précaution».

Ils appellent les régulateurs à reconnaître que les changements climatiques constituent «une menace fondamentale pour la stabilité financière à long terme».

Stéphane Blais, La Presse Canadienne