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Churchill Falls: la PDG d'Hydro-Québec, Claudine Bouchard, est prête à négocier

durée 16h23
20 mai 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

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Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Hydro-Québec n’a pas l’intention de se replier derrière l’entente de 1969 et continuer à payer un prix dérisoire à Terre-Neuve-et-Labrador pour l’électricité de Churchill Falls jusqu’en 2041, malgré les intentions du nouveau premier ministre terre-neuvien, Tony Wakeham, de rouvrir l’entente-cadre signée en 2024 entre le Québec et sa province.

Mardi, un groupe d’experts mandaté par M. Wakeham a remis son rapport dans lequel il conclut que l’accord-cadre ne sert pas les intérêts de la province et le premier ministre a affirmé qu’il ne déchirait pas l’entente, mais que celle-ci doit être renégociée.

«2041, c'est demain matin»

Mercredi, la présidente-directrice générale d’Hydro-Québec, Claudine Bouchard, a semblé vouloir faire contre mauvaise fortune bon cœur, affirmant que «la mission d'Hydro-Québec, c'est d'assurer la sécurité énergétique du Québec. En conséquence, 2041, ça peut paraître loin, mais en termes d'énergie, c'est demain matin. Alors, on a une opportunité devant nous de négocier un contrat qui est encore là, en équilibre, au bénéfice des clients d'Hydro Québec, qui va nous permettre de venir sécuriser l'énergie de Churchill Falls au-delà de 2041, mais surtout, d'ajouter des nouvelles centrales du côté de Gull Island pour ajouter de la capacité au bilan de production du Québec.»

En vertu de l’entente de 2024, Hydro-Québec doit assumer la construction de deux nouvelles centrales, Gull Island et Churchill Falls 2, et moderniser la centrale existante, la majorité de la production étant réservée à Hydro-Québec, mais à un prix beaucoup plus avantageux pour Terre-Neuve-et-Labrador.

Pour Mme Bouchard, qui participait à une annonce à Montréal en compagnie des ministres de l’Économie et de l’Énergie, Bernard Drainville, et de l’Environnement, Pascale Déry, le fait que Terre-Neuve ait déjà désigné une équipe de négociation est un pas dans la bonne direction pour en arriver à une nouvelle entente. «On est enthousiaste à redémarrer les discussions et à avoir devant nous une équipe de négociations nommée. Donc, ça, c'est le premier point de cette discussion-là, de cette négociation-là. Alors, je suis confiante qu'on va arriver à une entente, mais je l'ai dit, l'entente devra demeurer équilibrée et au bénéfice des clients d'Hydro-Québec.»

Si Terre-Neuve demande, Québec demandera aussi

L’entente initiale d’il y a deux ans avait été qualifiée de gagnante-gagnante pour les deux provinces, une expression qui est revenue sans cesse dans les réponses de Mme Bouchard, mais aussi de Bernard Drainville. «Ce qui va nous guider dans la négociation, c'est l'intérêt du Québec puis l'intérêt des Québécois. On ne va pas signer n'importe quoi à n'importe quel prix. Nous, on pense que l'entente originelle, c'était une bonne entente, une entente gagnante-gagnante, et nous sommes confiants qu'on peut en arriver à une entente gagnante-gagnante», a dit le ministre.

Bernard Drainville avertit toutefois ses vis-à-vis du côté terre-neuvien: «Si Terre-Neuve demande des choses, bien évidemment, le Québec demandera des choses aussi. L'important, c'est, à la fin, d'en arriver à un équilibre où tout le monde est gagnant et on est confiant qu'on peut y arriver.»

Le porte-parole péquiste en matière d’énergie, Pascal Paradis, a cependant vertement critiqué cette approche. Selon lui, il ne s’agira pas de négocier des ajustements à l’entente originale, mais bien d’en négocier une complètement nouvelle. «Il n'y a plus d'entente entre le Québec et Terre-Neuve parce que les bases fondamentales de cette entente-là sont remises en cause», a-t-il affirmé en mêlée de presse à l’Assemblée nationale, mercredi matin.

PQ: trouver une position de force

Selon le député péquiste, il faut au contraire se servir de l’entente de 1969 comme levier de négociation. «Le gouvernement de la CAQ est arrivé en position de faiblesse. Il continue aujourd'hui à se présenter en position de faiblesse. Sur Churchill Falls, il faut une approche différente et c'est celle que le Parti québécois propose. Il y a une entente valide, confirmée à plusieurs reprises par les tribunaux, qui est valide jusqu'en 2041. Donc, c'est en position équitable qu'il faut se présenter face à Terre-Neuve, pas en position de faiblesse.»

Le fait d’avoir renoncé aux conditions de l’entente de 1969 représente une concession de 17 milliards $, selon les calculs de sa formation. Il s’inquiète également du fait que Terre-Neuve cherche à avoir un accès direct à d’autres marchés sans passer par les lignes d’Hydro-Québec et souligne que l’entente de 1969 était fondée, puisque «c'est nous qui avons construit en prenant nos taxes et nos impôts pour construire les facilités, les installations à Churchill Falls. C'était un risque énorme à l'époque qui avait entraîné même un déplacement, d'autres investissements qui étaient prévus ailleurs, dont la Baie James. Il faut se souvenir de ça. Ce sont les Québécois qui ont investi et qui ont pris tous les risques pour construire Churchill Falls et là, on propose de faire la même chose pour les nouvelles phases. Donc, ça prend le contrat équitable pour le Québec.»

Écarter le Canada

Par ailleurs, M. Paradis s’insurge contre le fait que le premier ministre du Canada, Mark Carney, qui se trouvait au Québec mardi lorsque le rapport du comité d’experts terre-neuviens a été présenté, ait offert l’aide de son gouvernement pour rapprocher les parties. «La première chose à faire pour ces négociations, c'est de dire que le Canada n'a pas à se mêler de ça parce que si le Canada s'en mêle, ça ne sera pas à l'avantage du Québec. (…) Rappel historique: le gouvernement fédéral n'a jamais mis une ‘cenne’ dans nos installations électriques au Québec, mais ça fait plusieurs fois qu'il s'en va aider Terre-Neuve. Muskrat Falls, 5,3 milliards de dollars, c'est un projet catastrophique qui démontre que Terre-Neuve n'est pas capable de construire elle-même à des coûts raisonnables puis vendre de l'électricité à des coûts raisonnables.»

Le chef libéral Charles Milliard, au contraire, s’est montré beaucoup plus modéré. «Je n'hésite pas à le dire, moi je pense que l'entente de 2024, elle est en général, généralement très positive et elle est effectivement gagnante-gagnante pour Québec et Terre-Neuve-et-Labrador.»

Le PLQ prêt à travailler avec Carney

Il déplore toutefois que l’entente de 2024 ait été la proie du politique avec le changement de gouvernement et dit s’attendre «à beaucoup de leadership politique de la part de Mme Fréchette et des premiers ministres jusqu'au 5 octobre. Elle doit s'assurer que cette entente-là se poursuive. Et si elle n'est pas capable de le faire, bien, on le fera quand on sera au gouvernement en octobre prochain. Mais c'est très important dans le contexte du développement du potentiel hydroélectrique au Québec.»

Et contrairement au Parti québécois, il ajoute que «si le fédéral veut, selon des conditions qui plaisent au Québec, s'impliquer dans le projet, bien c'est ça du fédéralisme collaboratif et c'est ça qui nous manque en ce moment au Québec», a-t-il fait valoir en dénonçant l’approche négative du Parti québécois face au Canada et en reprochant à la CAQ de n’être qu’en constante réaction aux dossiers du jour. «Nous on veut, dans un gouvernement du Parti libéral, qu'il y ait des collaborations énergétiques commerciales avec le reste du Canada et ça c'est un bon exemple de dossiers qu'on veut exercer.»

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne