Le courage de Marie-Sol
Marie-Sol St-Onge a perdu deux jambes et deux bras, mais elle conserve ce sourire magnifique et ces yeux bleus rieurs, brillants de détermination, qui donnent envie d'oublier tous nos petits tracas pour partager sa joie de vivre.
À l'Institut de réadaptation, où elle s'entraîne ces jours-ci à marcher avec ses nouvelles prothèses, la jeune maman artiste-peintre de 35 ans, foudroyée au printemps dernier par la bactérie mangeuse de chair, est devenue un modèle.
« Les autres patients se comparent avec moi. J'imagine que je les aide à dédramatiser leur situation », dit-elle. Pourtant, lorsqu'elle pense à tous ces gens qui ne peuvent plus bouger, elle se dit qu'elle a de la chance. Avec un peu de persévérance, une bonne dose de créativité et d'organisation, elle sait qu'elle pourra un jour reprendre le cours de sa vie là où il s'est brusquement interrompu, le 8 mars 2012.
Une histoire d’horreur
Lorsqu'elle se remémore cette histoire d'horreur, ses yeux s'embuent. Elle pense inévitablement à ce que son conjoint, Alin Robert, et leurs deux enfants, Louis- Matis, 6 ans, et Ludovic, 9 ans, ont eu à traverser comme épreuves pendant ses quatre mois d'hospitalisation. « Nous sommes une famille tricotée serrée. Il y a eu un moment où ils ont cru que j'allais mourir », se désole-t-elle.
Tout a commencé par un léger mal de gorge, puis une gastro interminable. Au bout de quatre jours, la jeune femme de Trois-Rivières commence à avoir du mal à respirer. C'est son fils qui, tôt le matin, sonne l'alerte. Sa mère a les lèvres bleues.
À l'hôpital, on lui annonce qu'elle a contracté une forme virulente du streptocoque A. La bactérie s'est infiltrée partout, dans ses poumons, puis dans son sang. Son corps ne pouvant plus supporter l'agression, il faut l'endormir. Après plusieurs jours de coma artificiel, elle ouvre enfin les yeux. En voyant ses membres nécrosés, elle comprend qu'elle vient de frôler la mort de près.
L’amour qui guérit
« En ouvrant les yeux, mon chum m'a demandée en mariage », raconte-t-elle, émue. Elle vivait, respirait. C'est tout ce qui comptait pour lui.
« J'ai hâte que tu sois amputée. Tu seras une belle petite étoile toute rose », lui a-t-il dit.
Cet amour inconditionnel, qu'elle lit tous les jours dans le regard de l'homme qui partage sa vie depuis 20 ans, et celui qu'elle éprouve pour ses enfants lui donnent aujourd'hui la force de gravir l'énorme montagne que la vie a mise en travers de leur route.
« Un des plus gros deuils que j'ai dû faire, c'est de réaliser que je ne pourrais plus jamais tenir la main de mes garçons en les conduisant à l'école », raconte-t-elle.
Elle a pleuré beaucoup, mais son optimisme naturel a rapidement pris le dessus. Chaque jour, elle savoure ces petites victoires qui la rapprochent peu à peu de son autonomie. Ses prothèses myoélectriques remplacent désormais ses bras et jambes. Elles lui permettent de marcher, de se nourrir seule, de se brosser les dents et même de recommencer à dessiner et à peindre.
Avec son iPad, elle a déjà commencé à écrire son histoire. « Je remercie mon chirurgien d'avoir laissé une petite boule de chair au bout de mon moignon, dit-elle en riant. C'est pratique pour écrire. »
L'approbation récente d'une nouvelle main avec doigts par la RAMQ, lui permettra d'élargir le champ des possibilités pour son travail artistique. Et Alin, qui se demandait comment lui glisser la bague au doigt sur une pince, n'aura plus à se casser la tête.
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