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L’industrie s’inquiète du coût de la ressource

À compter du 1er avril prochain, les plans d’aménagement zones de coupe dans la forêt publique québécoise seront sous la responsabilité d’organismes régionaux, sous l’égide du ministère des Ressources naturelles et de la Faune.
Photo: Agence QMIÀ compter du 1er avril prochain, les plans d’aménagement zones de coupe dans la forêt publique québécoise seront sous la responsabilité d’organismes régionaux, sous l’égide du ministère des Ressources naturelles et de la Faune.
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TROIS-RIVIÈRES - 

Le prix du bois grimpera-t-il à compter du 1er avril 2013, lorsque le nouveau régime forestier entrera en vigueur ? L’industrie s’en inquiète.

Dans moins d’un an, l’industrie forestière devra se plier au nouveau régime forestier, sur lequel Québec planche depuis 2010 et qui mettra fin à un siècle d’aménagement de la forêt publique par les entreprises. Le PDG du Conseil de l’industrie forestière du Québec, André Tremblay, observe avec certaines inquiétudes la mise en place de ce nouveau plan.

« Mme Normandeau (ex-ministre des Ressources naturelles) s’était engagée l’an passé à ce que le nouveau régime n’augmente pas les coûts du bois. On reste vigilant à cet égard, mais on a des craintes énormes.»

En vertu du nouveau régime, ce seront des tables régionales, au nombre de 35, qui prendront la place des scieries et des papetières dans la gestion des zones de coupe jusqu’à maintenant concédées selon des Contrats d’approvisionnement et d’aménagement forestier (CAAF). Les industries signeront dorénavant avec ces organismes régionaux des Garanties d’approvisionnements (GA), des contrats de vente, en quelque sorte. Les opérations en forêt, quant à elles, seront toujours réalisées par des sous-traitants, mandatés par les tables régionales selon les besoins des détenteurs de GA.

« Le ministère n’a jamais fait d’étude sur les impacts financiers de la mise en place de sa nouvelle stratégie », souligne André Tremblay.

« Beaucoup de points demeurent en suspens, note le PDG. On commence à entrer dans les détails, comme la voirie forestière, et on constate l’ampleur de l’opération. Je crois qu’on prend conscience que remplacer l’industrie ne sera pas aussi simple qu’on pouvait se l’imaginer. »

Par ailleurs, les entreprises craignent de perdre le contrôle sur la qualité et la quantité du bois commandé. « La question de l’imputabilité nous préoccupe, souligne André Tremblay. Dans l’ancien régime, si un ingénieur forestier ne livrait pas le bois dans les délais et selon les quantités et la qualité prévues, il y avait des conséquences. Il va falloir retrouver cette imputabilité-là quelque part dans le nouveau régime, alors que ce sera le gouvernement qui prendra en charge l’aménagement et la certification. »

Pour être en mesure d’assumer ses nouvelles responsabilités, le ministère des Ressources naturelles a procédé à l’embauche de plusieurs dizaines d’ingénieurs forestiers qui travaillaient jusqu’à maintenant dans les départements de foresterie des industries. Les frais de fonctionnement et d’administration des futures tables régionales seront assumés par des rentes imposées sur le volume de bois acheté.

Les entreprises ont toutefois gardé quelques experts en leurs rangs et peut-être même en embaucher. « On se rend compte que l’on devra consulter l’industrie pour tenir compte de ses besoins avant de concevoir les plans d’aménagement », explique André Tremblay.

Le sous-ministre associé aux Opérations régionales du ministère des Ressources naturelles, Jean-Sylvain Lebel, se veut rassurant. « Les industriels vont justement faire partie des experts consultés dans l’élaboration des plans d’aménagement. Ils auront donc leur mot à dire pour fixer les coûts. »

Miner la reprise ?

Une hausse des prix du bois serait une embûche supplémentaire pour les entreprises dans leur marche vers une éventuelle reprise, note M. Tremblay. « De prime abord, la reprise est tributaire des marchés, plus particulièrement de celui des États-Unis, et non à l’industrie. Cette reprise-là est à nos portes. On l’espère d’ici quelques mois. Un prix du bois trop élevé pourrait compromettre notre capacité d’y participer, si on n’est pas compétitifs avec les entreprises des autres provinces et de celles de nos voisins du Sud ou d’Europe.»

Prêt à temps ?

Les derniers préparatifs sont en cours au sein du ministère des Ressources naturelles pour l’entrée en vigueur du nouveau régime, notamment la rédaction finale du Règlement sur l’aménagement durable des forêts du domaine de l’État. « Nous avons 11 mois très très actifs devant nous, a souligné le sous-ministre associé aux Opérations régionales, Jean-Sylvain Lebel. On ne s’attend pas à ce que tout soit parfait dès le départ, et on fera les ajustements qui s’imposent en cours de route. » Les gens du ministère rencontrent présentement les entreprises pour convertir leurs CAAF en Garanties d’approvisionnement. Les premières GA devraient être signées en septembre prochain.

Le PDG du Conseil de l’industrie forestière du Québec croit lui aussi qu’il « faudra mettre les bouchées doubles. »

2500 emplois perdus dans la région

Au cours de la dernière décennie, la Mauricie a perdu 2500 emplois reliés au secteur forestier. « Ce sont 100 millions $ de moins en masse salariale dans la région, ajoute André Tremblay, PDG du Conseil de l’industrie forestière du Québec. C’est un impact énorme. »

Toutefois, M. Tremblay croit que la région est en bonne posture pour profiter d’une éventuelle reprise et pour bien s’adapter au nouveau régime forestier. « La Mauricie est une des régions les plus avant-gardistes. Il y a déjà des modes d’exploitation, comme la triade, qui sont porteurs d’avenir. »

Les grands pans du nouveau régime forestier

 

- Création de 35 tables régionales chargées de concevoir les plans d’aménagement forestier

- Mise aux enchères de 25% du volume de bois issu de la forêt publique

- 96 % de la forêt québécoise sera exploitée selon les normes du Forest Stewardship Council, le Sustainable Forestry Initiative et celles de l’Association canadienne de normalisation.

- Le gouvernement du Québec investira 200 millions $ sur cinq ans pour des travaux sylvicoles.

 

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