Jour 14: cadre financier, pasteur antiavortement et coupes dans la fonction publique
Un second parti politique a dévoilé mercredi son cadre financier, à l'approche du premier grand rendez-vous télévisé de la campagne électorale québécoise.
Le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime, propose une restructuration majeure des finances de l’État afin d'atteindre le retour à l'équilibre budgétaire en quatre ans. Il promet «un vrai coup de barre».
C'est ce qu'il a soutenu au jour 14 de la campagne en présentant son cadre financier, un document d'une centaine de pages.
Comme annoncé avant le début des hostilités électorales, le PCQ souhaite économiser 47 milliards $ en cinq ans en coupant dans les dépenses de l’État. Cette promesse inclut la suppression de 20 000 postes de fonctionnaires.
Le porte-parole du parti en matière de finances publiques, Adrien Pouliot, a résumé le cadre financier en indiquant que le coût total des promesses sur cinq ans est de 52,57 milliards $ et que celles-ci seraient financées avec 60,3 milliards $ de revenus additionnels.
Un candidat aux positions controversées est venu faire ombrage au dévoilement du document.
Le matin même, le Journal de Montréal rapportait les propos controversés d'Éric Lanthier, candidat conservateur dans Pontiac, en Outaouais. Entre autres, le pasteur antiavortement «se disait en faveur des thérapies de conversion afin de changer une orientation sexuelle et réprimer les comportements homosexuels».
M. Duhaime a annoncé que M. Lanthier ne sera pas sur les rangs lors des élections.
Le chef conservateur a fait face à de nombreuses questions sur le sujet par les journalistes. Se montrant agacé, M. Duhaime a dit qu’il préférait répondre à des questions liées au cadre financier plutôt qu’aux valeurs morales de ses candidats.
Coupes dans la fonction publique
M. Duhaime et les conservateurs ne sont pas les seuls à vouloir sabrer dans les effectifs de la fonction publique.
Après le Parti québécois (PQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ), le Parti libéral du Québec (PLQ) a proposé à son tour une réduction de la taille de l'État.
Le chef libéral, Charles Milliard, s’est engagé à supprimer 12 000 postes à temps plein sur cinq ans, et ce, sans affecter les services à la population.
M. Milliard n'a pas dit comment il est arrivé à ce chiffre, affirmant que son cadre financier viendrait préciser l'information.
Il a assuré que ce ne sera pas des «coupes aveugles» et que la santé, l'éducation et la culture seraient épargnées. Les postes touchés seraient principalement dans la gestion et les services administratifs.
Les libéraux croient pouvoir économiser 1,7 milliard $ avec ces coupes.
Le PLQ précise que la réduction des effectifs s'effectuerait par attrition, avec des incitatifs au départ volontaire et par un redéploiement, mais «jamais par coupes paramétriques».
Accès à la propriété
Le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, a présenté pour sa part un plan d'accès à la propriété pour faire face à ce qu'il estime être «la pire crise de l'abordabilité (...) de notre histoire moderne».
Le PQ propose de l'aide aux premiers acheteurs et vise l’augmentation de l’offre de logements et de maisons, ainsi que la réduction des seuils d’immigration.
La formation souverainiste souhaite rembourser la TVQ sur l’achat de maisons neuves ainsi que sur l’autoconstruction (jusqu'à 45 000 $). Un engagement qui coûterait 75 millions $ par année.
Un gouvernement péquiste doublerait aussi le crédit d’impôt pour l’achat d’une première maison (de 1400 $ à 3000 $), une mesure qu'il chiffre à 55 millions $.
De son côté, la cheffe de la CAQ, Christine Fréchette, a fait une annonce sur les infrastructures. Elle a relancé l'idée du partenariat public privé (PPP).
Mme Fréchette a évoqué que des écoles et des Maisons des aînés pourraient être construites selon ce mode qui a fait controverse dans le passé au Québec.
La CAQ souhaite améliorer les façons de faire dans la construction d'infrastructures pour diminuer les coûts. La formation propose donc que, pour chaque projet public de plus de 10 millions $, le mode de réalisation offrant la meilleure valeur aux contribuables soit évalué dès le départ.
La CAQ créerait aussi un «catalogue québécois de modèles et de composantes standardisés» afin d'éviter que certains projets, comme des classes, des salles de bain ou salles mécaniques, soient chaque fois redessinés à partir d’une feuille blanche.
Par ailleurs, Mme Fréchette veut ramener un projet de loi visant à accélérer les projets jugés «d’envergure nationale». Un tel projet de loi s'inspirant de ce qui s'est fait au fédéral après l'arrivée au pouvoir du premier ministre Mark Carney, a été déposé par le ministre des Finances, Eric Girard, mais il est mort au feuilleton.
La porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, n'avait aucune annonce de prévue mercredi.
Elle sera tout de même sur le plateau de l'émission spéciale «Cinq chefs, une élection» diffusée en direct mercredi soir sur les différentes plateformes de Radio-Canada.
Les cinq chefs de parti sont invités tour à tour à répondre aux questions des journalistes Sébastien Bovet, Anne-Marie Dussault et Alec Castonguay. L'émission, qui survient à moins d'une semaine du premier débat, est enregistrée à Québec.
— Avec des informations de Stéphane Blais, Thomas Laberge, Caroline Plante et Patrice Bergeron de La Presse Canadienne
Frédéric Lacroix-Couture, La Presse Canadienne

